
Maître Corbeau sur un arbre perché,Tenait en son bec un fromage.Maître Renard par l’odeur alléchéLui tint à peu près ce langage :Et bonjour, Monsieur du Corbeau.Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !Sans mentir, si votre ramageSe rapporte à votre plumage,Vous êtes le Phenix des hôtes de ces bois.À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :Et pour montrer sa belle voix,Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,Apprenez que tout flatteurVit aux dépens de celui qui l’écoute.Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.Le Corbeau honteux et confusJura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Apr 16, 2021
3 min

La Cigale, ayant chantéTout l'été,Se trouva fort dépourvueQuand la bise fut venue4 :Pas un seul petit morceauDe mouche ou de vermisseau.Elle alla crier famineChez la Fourmi sa voisine,La priant de lui prêterQuelque grain pour subsisterJusqu'à la saison nouvelle.« Je vous paierai, lui dit-elle,Avant l'août5, foi d'animal,Intérêt et principal. »La Fourmi n'est pas prêteuse :C'est là son moindre défaut6.« Que faisiez-vous au temps chaud ?Dit-elle à cette emprunteuse7.— Nuit et jour à tout venant8Je chantais, ne vous déplaise.— Vous chantiez ? J’en suis fort aise.Eh bien ! Dansez maintenant. »
Apr 8, 2021
4 min

FAIREの活用直接法の現在
Je faisTu faisIl faitElle faitNous faisonsVous faitesIls fontElles font
スポーツと楽器はFAIREの目的語する時部分冠詞使います。
Je fais du football.Je fais du ski.Je fais de la danse.Je fais de la natation.Je fais du violon.je fais du piano.Je fais de la trompette.Je fais de la guitare.Je fais des castagnettes.
Apr 8, 2021
5 min

Voilà l'histoire des 3 petits cochons contre le grand méchant loup.
Apr 20, 2020
4 min

La vérité sur l’homme coupé en morceaux dévoilée par l’assassin lui-même
En quel trouble me jeta la lettre que voici, de quelle perplexité s’agite, à ces confidences, mon esprit désemparé, les gens de cœur, les gens d’élite qui forment la clientèle du Journal le concevront sans peine.
« À Monsieur Alphonse Allais, « principal rédacteur du Journal, « 100, rue Richelieu,
« Paris.
« Monsieur le rédacteur,
« La lecture de vos écrits m’a souvent révélé l’étroite intimité qui vous lie à la personne de M. Lépine, le bien connu chef de la police parisienne.
«Aussi ne saurais-je m’adresser à meilleur intermédiaire que vous, monsieur le rédacteur, pour projeter sur l’affaire dite de l’«homme coupé en morceaux» la lueur destinée à en dissiper les soi-disant épaisses ténèbres.
«Peu de jours après la découverte des funèbres débris que vous savez, et devant l’impuissance policière, certains plaisantins d’esprit facile rééditèrent l’antique facétie : « Ne cherchez pas le ou les assassins. Ce garçon-là s’est suicidé. »
«Eh bien, cher monsieur, pour une fois, comme dit Kistmaeckers, les plaisantins d’esprit facile avaient raison : « Ne cherchez pas le ou les assassins. Ce garçon-là s’est suicidé. »
« Il s’est suicidé, c’est-à-dire – précisons – qu’il est mort, de sa propre volonté, à l’exacte minute qu’il désirait.
« Si ce n’est pas là du suicide, alors, monsieur le rédacteur, qu’est-ce qu’il vous faut ?
«Comme instrument de son trépas, il ne choisit aucun des stratagèmes personnels jusqu’aujourd’hui d’usage en telle fin : il préféra la main d’un ami.
« Ce mot exige, et au plus tôt, une explication.
« Né de père inconnu, ayant perdu sa mère à l’âge de set ans1, le jeune Alcide P... (c’est le nom de la victime) fut élevé dans un orphelinat religieux, duquel il ne sortit plus guère que pour entrer comme novice dans l’ordre des...
« Voilà déjà qui explique comment la brusque disparition du pauvre garçon ne suscita, dans ce que, nous autres religieux, nous appelons le « monde », aucune apparente manifestation.
Alcide P..., dont j’étais l’intime ami, me prit un jour à l’écart, dans le préau du couvent, et me tint ce langage : « Tu n’es pas, frère, sans constater comme je m’abîme de jour en jour dans le gouffre du dépérissement physique et moral. La vie m’est devenue à ce point intolérable, qu’au risque de perdre mon salut éternel, je suis disposé à me tuer, tu entends bien, frère, à me tuer ! »
« Une flamme de résolution brillait au regard d’Alcide P... : son parti était pris, je le sentais, farouchement.
« C’est alors que, afin de sauver l’âme du pauvre garçon, je lui offris la combinaison suivante : je le tuerais, après quoi lui, arrivé au ciel, intercèderait pour moi, cependant que, de mon côté, je n’aurais pas trop de tout le restant de mon existence pour expier un aussi odieux forfait.
« Et, maintenant, je me sens étreint par le remords et surtout – ne le cachons point – par la crainte d’un châtiment terrestre.
«Voulez-vous donc avoir l’obligeance, monsieur le rédacteur, d’implorer de M. Lépine et des autres justiciers de la République l’assurance formelle qu’il ne me sera rien fait.
« Et je dirai tout !
« Si, d’autre part, la direction du Journal était disposée à me payer convenablement le récit, dans tous ses détails, de cette curieuse opération, on pourrait s’arranger (vous auriez, bien entendu, votre petit tant pour cent).
« En l’attente d’une double réponse favorable, veuillez, monsieur le rédacteur, agréer, etc., etc.
« Frère J... »
M. Lépine, à qui j’ai communiqué cette étrange lettre, n’est pas loin de croire à quelque mystification. Ça devient une idée fixe chez lui.
Apr 20, 2020
4 min

La boutique du bonnetier Gobichon est peinte en jaune clair ; c’est une sorte de couloir obscur, garni à droite et à gauche de casiers exhalant une vague senteur de moisi ; au fond, dans une ombre et un silence solennels, se dresse le comptoir. La lumière du jour et le bruit de la vie se refusent à se hasarder dans ce tombeau.
La villa du bonnetier Gobichon, située à Arcueil, est une maison à un étage, toute plate, bâtie en plâtre; devant le corps de logis, s’allonge un étroit jardin enclos d’une muraille basse. Au milieu, se trouve un bassin qui n’a jamais eu d’eau ; çà et là se dressent quelques arbres étiques qui n’ont jamais eu de feuilles. La maison est d’une blancheur crue, le jardin est d’un gris sale. La Bièvre coule à cinquante pas, charriant des puanteurs ; des terres crayeuses s’étendent à l’horizon, des débris, des champs bouleversés, des carrières béantes et abandonnées, tout un paysage de misère et désolation.
Depuis trois années, Gobichon a l’ineffable bonheur d’échanger chaque dimanche l’ombre de sa boutique pour le soleil ardent de sa villa, l’air du ruisseau de sa rue pour l’air nauséabond de la Bièvre.
Pendant trente ans il a caressé le rêve insensé de vivre aux champs, de posséder des terres où il ferait bâtir le château de ses songes. Rien ne lui a coûté pour contenter son caprice de grand seigneur; il s’est imposé les plus dures privations: on l’a vu, pendant trente ans, se refuser une prise de tabac et une tasse de café, empilant gros sou sur gros sou.
Aujourd’hui, il a assouvi sa passion. Il vit un jour sur sept dans l’intimité de la poussière et des cailloux. Il mourra content.
Chaque samedi, le départ est solennel. Lorsque le temps est beau, la route se fait à pied ; on jouit mieux ainsi des beautés de la nature.
La boutique est laissée à la garde d’un vieux commis qui a charge de dire à chaque client qui se présente :
–Monsieur et madame sont à leur villa d’Arcueil.
Monsieur et madame, équipés en guerre, chargés de paniers, vont chercher à la pension voisine le jeune Gobichon, gamin d’une douzaine d’années, qui voit avec terreur ses parents prendre le chemin de la Bièvre. Et durant le trajet, le père, grave et heureux, cherche à inspirer à son fils l’amour des champs en dissertant sur les choux et sur les navets.
On arrive, on se couche. Le lendemain, dès l’aurore, Gobichon passe la blouse du paysan : il est fermement décidé à cultiver ses terres ; il bêche, il pioche, il plante, il sème toute la journée. Rien ne pousse ; le sol, fait de sable et de gravats, se refuse à toute végétation. Le rude travailleur n’en essuie pas moins avec une vive satisfaction la sueur qui inonde son visage. En regardant les trous qu’il creuse, il s’arrête tout orgueilleux et il appelle sa femme :
– Madame Gobichon, venez donc voir ! crie-t- il. Hein! quels trous! sont-ils assez profonds ceux-là !
La bonne dame s’extasie sur la profondeur des trous.
L’année dernière, par un étrange et inexplicable phénomène, une salade, une romaine haute comme la main, rongée et d’un jaune sale, a eu le singulier caprice de pousser dans un coin du jardin. Gobichon a invité trente personnes à dîner pour cette salade.
Il passe ainsi la journée entière au soleil, aveuglé par la lumière crue, étouffé par la poussière. À son côté se tient son épouse, poussant le dévouement jusqu’à la suffocation. Le jeune Gobichon cherche avec désespoir les minces filets d’ombre que font les murailles.
Le soir, toute la famille s’assied autour du bassin vide et jouit en paix des charmes de la nature. Les usines du voisinage jettent une fumée noire; les locomotives passent en sifflant, traînant toute une foule endimanchée bruyante ; les horizons s’étendent, dévastés, rendus plus tristes encore par ces éclats de rire qui rentrent à Paris pour une grande semaine. Et, mêlées aux puanteurs de la Bièvre, les odeurs de friture et de poussière passent dans l’air lourd....
Apr 20, 2020
5 min

Une comptine pour faire dormir les enfants.
Dodo l'enfant do
L'enfant dormira bien vite
Dodo l'enfant dio
L'enfant dormira bientôt
Apr 20, 2020
52 sec

Cette nuit je n’ai pas pu dormir. Le mistral était en colère, et les
éclats de sa grande voix m’ont tenu éveillé jusqu’au matin. Balançant
lourdement ses ailes mutilées qui sifflaient à la bise comme les agrès
d’un navire, tout le moulin craquait. Des tuiles s’envolaient de sa
toiture en déroute. Au loin, les pins serrés dont la colline est
couverte s’agitaient et bruissaient dans l’ombre. On se serait cru en
pleine mer…
Cela m’a rappelé tout à fait mes belles insomnies d’il y a trois ans,
quand j’habitais le phare des Sanguinaires, là-bas, sur la côte corse à
l’entrée du golfe d’Ajaccio.
Encore un joli coin que j’avais trouvé là pour rêver et être seul.
Figurez-vous une île rougeâtre et d’aspect farouche ; le phare à une
pointe, à l’autre une vieille tour génoise où, de mon temps logeait un
aigle. En bas, au bord de l’eau, un lazaret en ruine, envahi de partout
par les herbes, puis des ravins, des maquis, de grandes roches,
quelques chèvres sauvages ; de petits chevaux corses gambadant la
crinière au vent ; enfin là-haut, tout en haut, dans un tourbillon
d’oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-forme en maçonnerie
blanche, où les gardiens se promènent de long en large, la porte verte
en ogive, la petite tour de fonte, et au-dessus la grosse lanterne à
facettes qui flambe au soleil et fait de la lumière même pendant le
jour… Voilà l’île des Sanguinaires, comme je l’ai revue cette nuit en
entendant ronfler mes pins. C’était dans cette île enchantée qu’avant
d’avoir un moulin j’allais m’enfermer quelquefois, lorsque j’avais
besoin de grand air et de solitude.
Ce que je faisais ?
Ce que je fais ici, moins encore. Quand le mistral ou la tramontane ne
soufflaient pas trop fort, je venais me mettre entre deux roches au ras
de l’eau, au milieu des goélands, des merles, des hirondelles, et j’y
restais presque tout le jour dans cette espèce de stupeur et
d’accablement délicieux que donne la contemplation de la mer. Vous
connaissez, n’est-ce pas, cette jolie griserie de l’âme ? On ne pense
pas, on ne rêve pas non plus. Tout votre être vous échappe, s’envole,
s’éparpille. On est la mouette qui plonge, la poussière d’écume qui
flotte au soleil entre deux vagues, la fumée blanche de ce paquebot qui
s’éloigne, ce petit corailleur à voile rouge, cette perle d’eau, ce
flocon de brume, tout excepté soi-même… Oh ! que j’en ai passé dans
mon île de ces belles heures de demi-sommeil et d’éparpillement !…
Les jours de grand vent, le bord de l’eau n’étant pas tenable, je
m’enfermais dans la cour du lazaret, une petite cour mélancolique, tout
embaumée de romarin et d’absinthe sauvage, et là, blotti contre un pan
de vieux mur, je me laissais envahir doucement par le vague parfum
d’abandon et de tristesse qui flottait avec le soleil dans les logettes
de pierre, ouvertes tout autour comme d’anciennes tombes. De temps en
temps un battement de porte, un bond léger dans l’herbe… c’était une
chèvre qui venait brouter à l’abri du vent. En me voyant, elle
s’arrêtait, interdite, et restait plantée devant moi, l’air vif, la
corne haute, me regardant d’un œil enfantin…
Vers cinq heures, le porte-voix des gardiens m’appelait pour dîner. Je
prenais alors un petit sentier dans le maquis grimpant à pic au-dessus
de la mer et je revenais lentement vers le phare, me retournant à
chaque pas sur cet immense horizon d’eau et de lumière qui semblait
s’élargir à mesure que je montais.
Là-haut, c’était charmant. Je vois encore cette belle salle à manger à
larges dalles, à lambris de chêne, la bouillabaisse fumant au milieu,
Apr 20, 2020
10 min

Tous les ans, à la Chandeleur, les poètes provençaux publient en
Avignon un joyeux petit livre rempli jusqu’aux bords de beaux vers et
de jolis contes. Celui de cette année m’arrive à l’instant, et j’y
trouve un adorable fabliau que je vais essayer de vous traduire en
l’abrégeant un peu… Parisien, tendez vos mannes. C’est de la fine
fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…
L’abbé Martin était curé… de Cucugnan.
Bon comme le pain, franc comme l’or, il aimait paternellement ses
Cucugnanais ; pour lui, son Cucugnan aurait été le paradis sur terre,
si les Cucugnanais lui avaient donné un peu de satisfaction. Mais,
hélas ! les araignées filaient dans son confessionnal, et, le beau jour
de Pâques, les hosties restaient au fond de son saint ciboire. Le bon
prêtre en avait le cœur meurtri, et toujours il demandait à Dieu la
grâce de ne pas mourir avant d’avoir ramené au bercail son troupeau
dispersé.
Or, vous allez voir que Dieu l’entendit.
Un dimanche, après l’Evangile, M. Martin monta en chaire.
« Mes frères, dit-il, vous me croirez si vous voulez ; l’autre nuit, je
me suis trouvé, moi misérable pécheur, à la porte du paradis.
« Je frappai : saint Pierre m’ouvrit !
« – Tiens ! c’est vous, mon brave monsieur Martin, me fit-il ; quel bon vent ?… et qu’y a-t-il pour votre service ?
« – Beau saint Pierre, vous qui tenez le grand livre et la clef,
pourriez-vous me dire, si je ne suis pas trop curieux, combien vous
avez de Cucugnanais en paradis ? – Je n’ai rien à vous refuser,
monsieur Martin ; asseyez-vous, nous allons voir la chose ensemble. »
« Et saint Pierre prit son gros livre, l’ouvrit, mit ses besicles :
« – Voyons un peu : Cucugnan, disons-nous. Cu… Cu… Cucugnan. Nous y
sommes. Cucugnan… Mon brave monsieur Martin, la page est toute
blanche. Pas une âme… Pas plus de Cucugnanais que d’arêtes dans une
dinde.
« – Comment ! Personne de Cucugnan ici ? Personne ? Ce n’est pas possible ! Regardez mieux…
« – Personne, saint homme. Regardez vous-même, si vous croyez que je plaisante. »
« Moi, pécaïre, je frappais des pieds, et, les mains jointes, je criais miséricorde. Alors, saint Pierre :
« – Croyez-moi, monsieur Martin, il ne faut pas ainsi vous mettre le
cœur à l’envers, car vous pourriez en avoir quelque mauvais coup de
sang. Ce n’est pas votre faute, après tout. Vos Cucugnanais,
voyez-vous, doivent faire à coup sûr leur petite quarantaine en
purgatoire.
« – Ah ! par charité, grand saint Pierre ! faites que je puisse au moins les voir et les consoler.
« – Volontiers, mon ami… Tenez, chaussez vite ces sandales, car les
chemins ne sont pas beaux de reste… Voilà qui est bien… Maintenant,
cheminez droit devant vous. Voyez-vous là-bas, au fond, en tournant ?
Vous trouverez une porte d’argent toute constellée de croix noires… à
main droite…
« Vous frapperez, on vous ouvrira… Adessias ! Tenez-vous sain et gaillardet. »
« Et je cheminai… je cheminai ! Quelle battue ! j’ai la chair de
poule, rien que d’y songer. Un petit sentier, plein de ronces,
d’escarboucles qui luisaient et de serpents qui sifflaient, m’amena
jusqu’à la porte d’argent.
« – Pan ! pan !
« – Qui frappe ? me fait une voix rauque et dolente.
« – Le curé de Cucugnan.
« – De… ?
« – De Cucugnan.
« – Ah !… entrez. »
« J’entrai. Un grand bel ange, avec des ailes sombres comme la nuit,
avec une robe resplendissante comme le jour, avec une clef de diamant
Apr 20, 2020
9 min

Comme tout le monde, j’ai quelques cadavres sur la conscience, pas mal même, et quand j’y pense, un petit frisson me court à fleur de peau et la lividité envahit ma sympathique physionomie.
Des femmes, surtout.
Oh! que j’en ai vu mourir de ces malheureuses !
Les unes, directement sous mes coups ; les autres, victimes de la passion malheureuse que leur inspirait ma beauté fatale.
L’une d’elles, pourtant, eut de la chance.
La pauvrette s’était précipitée d’une fenêtre du cinquième étage. Elle eut la chance de tomber sur un vitrage, mais de tomber, comment dirai-je ?... par le gros bout.
De telle sorte qu’elle se tira de cette aventure assez heureusement, sauf d’innombrables coupures audit... gros bout.
Je me rappelle même un mot fort drôle du médecin qui la pansait.
« Est-ce que ça se verra, docteur ? demandait la jeune victime inquiète.
– Ah ! dame, répondit spirituellement l’habile praticien, cela dépendra de vous, mademoiselle. »
Pour clore cette funèbre série de féminins martyrs, j’ajouterai, avec des larmes dans la plume, que ma dernière bonne amie, une nommée L... N..., est allée, de désespoir, s’offrir en pâture aux sangliers des Ardennes.
Pauvre L... N...
Côté des hommes, je suis également titulaire et responsable d’une demi-douzaine de trépas prématurés, sans compter mes parents, qui sont tous morts de chagrin, au spectacle de mon dévergondage incoercible.
Car (quelqu’un de vous le croirait-il ?) je n’ai pas toujours été le petit bourgeois replet, actif et rangé que vous connaissez.
Un temps fut où – mauvais souvenir – celui qui écrit ces lignes n’était qu’un étudiant gouapeur, flemmard et plaisantin, préférant aux savantes leçons de M. Jungfleish les terrasses ensoleillées de la rue de Médicis, et pas autrement occupé qu’à mystifier ses contemporains.
Regrettables époques !
Bien souvent, ces mystifications tournaient mal pour leurs auteurs et compromettaient parfois leur carrière.
J’avais pris en grippe un vieux petit monsieur grincheux qui occupait un appartement au premier étage de la maison dont le toit m’abritait.
Ce vieux petit monsieur me le rendait bien, mais son âge et sa situation sociale lui interdisaient de riposter aux mille galipettes journalières dont je m’évertuais à entourer son existence.
Un jour, j’arrive à l’école – rara avis – pour passer un examen.
Parmi les examinateurs, j’aperçois qui ?
Vous avez deviné: le vieux petit monsieur grincheux, chargé de sonder mes connaissances botaniques.
Oh ! combien rudimentaires, mes notions.
Le vieux petit monsieur grincheux m’offrit une plante médicinale, me demandant sur un ton d’où était bannie toute urbanité :
« Qu’est-ce que c’est que ça ?
– C’est du chou-fleur, monsieur.
– Le nom latin ?
– Je ne me rappelle pas, monsieur, mais je puis vous dire le nom anglais : cauliflower.
– Gardez votre anglais pour vous... Et à quels caractères avez-vous reconnu cette plante ?
–Mais, monsieur, je n’ai pas besoin de caractères pour reconnaître du chou-fleur.
– Ça suffit... merci, monsieur. »
Le vieux petit monsieur grincheux se vengea spirituellement de mes plaisanteries en me priant de repasser à une autre session.
Une autre farce eut une issue plus tragique.
À cette époque, le Quartier latin possédait encore des coins pittoresques, disparus depuis sous la pioche du démolisseur.
Ainsi, il n’était pas rare de voir des maisons en contrebas, tellement placées que le niveau d’une rue voisine correspondait à leur troisième étage.
C’était le cas d’un étudiant en droit, garçon effroyablement timide, dont la fenêtre était placée juste à la hauteur d’une rue voisine et parallèle.
De cette rue, on plongeait dans la chambre du jeune homme, aussi aisément que si on l’eût habitée soi-même.
Un jour,
Apr 20, 2020
5 min
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