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@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza
Entre Ombres et Lumière – CF Ramuz dans ‘Passage du poète’ (EP6)
1 seconds Posted Nov 12, 2024 at 11:03 am.
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Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.
Dans le 6e et avant-dernier épisode de cette série sur CF Ramuz, écouter les passages suivants d'un de ses livres préférés, 'Passage du poète' :
- chapitres 12 et 13
Transcription ci-dessous:
Chapitre 12
On voit, en ce mois de juillet, qu’on a eu raison de bâtir serré le plus qu’on a pu, avec la moitié des maisons sous terre.
Mlle Ducimetière la couturière se réjouit d’être dans une chambre où le soleil n’est jamais entré, avec son apprentie et une réassujettie[2] (comme on dit ici), une machine à pied et une machine à main ; et aussi, heureusement, beaucoup d’ouvrage, parce qu’il y a cette fête qui se prépare pour le mois d’août.
Le bruit des deux machines tournant en même temps se fait entendre ; puis il n’y a plus eu que le bruit de l’une des deux, celle à pied, puis de nouveau le bruit des deux pendant que les hommes viennent, la lance de cuivre sous le bras.
Pendant ce temps, sur la place, Besson continue à faire ses paniers, disant le pays et le refaisant, mettant les lignes de l’osier l’une sur l’autre, comme l’écrivain ses vers ou sa prose ; – disant le pays et ses murs par les tiges de l’osier dont il met les unes en travers et les autres viennent s’y nouer ; – sans qu’on sache, sans qu’on s’en doute, bien tranquille et silencieux, sur la place, sous les platanes, tout seul dans sa chemise grise et avec son tablier vert, faisant bouger ses mains au-dessus de son tablier vert.
Midi sonne.
On entend crier : c’est les enfants qui sortent de l’école. Il y a le bruit des socques sur le pavé. Besson fait toujours ses paniers : alors les enfants s’arrêtent. C’est quand toutes les cheminées fument, quand l’odeur de la soupe vient dehors avec la vapeur. Et Besson tout à coup, levant la tête, à un des petits :
— Ça te plairait, cet ouvrage, à toi ?… Eh bien, quand je m’en irai, veux-tu que je te prenne avec moi ?
L’autre, qui est gêné, baisse la tête, devient tout rouge, n’ose pas dire non, – et deux hommes qui viennent encore avec la hotte, et c’est midi ; deux hommes encore dans la ruelle dont ils prennent toute la largeur, qui viennent, et on voit luire au-dessus de leur tête le manche des outils que leurs mains ont poli.
Mlle Ducimetière, qui est assise près de la fenêtre, porte une seconde les yeux de côté, puis les a remis à son aiguille, pendant que Besson remet les siens sur ses paniers.
Et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne ; alors il y a eu une grande assemblée de moineaux dans les platanes, où ils se sont posés sur la pierre des branches, mais ils commencent à être cachés, parce qu’une grosse feuille par-ci par-là y pend comme si dans la pierre poussaient des plantes.
Ils ont une grande réunion en même temps qu’ils parlent tous ensemble, se demandant où est le vieil homme au tablier vert qui tout à l’heure était installé entre les troncs.
Il y a dans l’ombre ronde, l’ombre ronde et claire, toute percée de trous comme une grosse éponge : ils ne savent pas bien ce que c’est de là-haut, ils se sont d’abord méfiés, mais c’est quelque chose qui ne bouge pas, alors ils se rapprochent de plus en plus, penchant la tête pour mieux voir.
Dans l’ombre, avec des taches de soleil dessus, ces paquets de verges