Université populaire d'Architecture
Université populaire d'Architecture
Pavillon de l'Arsenal
Richard Scoffier est architecte, philosophe et professeur. Depuis 2011, ses Universités Populaires interpellent les oeuvres du passé et celles du présent, comparent les réflexions des grands bâtisseurs et croisent les cultures pour permettre à chacun d'appréhender l'architecture et de s’en saisir.
Jouir - Les actes fondamentaux 3 - 4/4
"Soyons sérieux ! Quelle architecture peut prétendre produire de la jouissance, quand celle-ci trouve sa raison d'être dans la transgression de toutes les règles. Elle apparait à travers les obsessions pornographiques qui contaminent les projets dessinés de Jean-Jacques Lequeue alors que ses confrères les exilent en marge de leurs plans. Des provocations qui anticipent l'architecture molle et poilue invoquée par Salvador Dali pour prendre la relève de l'architecture orthogonale et protestante de Le Corbusier. Un refus de l'angle droit dans lequel s'engouffrerons, autour des années 68, les Häusermann, Chanéac, Kalouguine, Antti Lovag avec leurs coques sensuelles de béton projeté comme leurs émules d'aujourd'hui. Mais aussi dans les dispositifs cherchant à provoquer de la disjonction, de la disruption comme le promettait le Parc de la Villette de Bernard Tschumi à l'aube des années 80. Ou encore dans les surfaces lisses et carroyées, dessinées par Superstudio, pour offrir des espaces non-coercitifs strictement ouverts à tous les possibles..." Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture
Apr 14, 2021
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Punir - Les actes fondamentaux 3 - 3/4
"Interrogeons Georges Bataille. Les architectes ne dessinent-ils pas que des prisons, des maisons de redressement et des mécanismes de surveillance ? Des espaces qui, comme nous l'avons abordé les années précédentes, nous éloignent par la contrainte et par la force de notre bestialité originelle. Des prothèses qui nous poussent à nous laver, à manger et à dormir à heure fixes, mais aussi à lire et à écrire - à préférer le signe à la chose - à chanter au lieu de hurler... Parcourons ces mécanismes conçus pour nous élever, comme le célèbre Panopticon de Jeremy Bentham : un dispositif de contrôle destiné à être intériorisé par les détenus pour leur permettre d'acquérir la conscience dont ils étaient supposés démunis... Ou l'enclave enfermant les Prisonniers volontaires de l'architecture, la prison prothétique dessinée par Rem Koolhaas pour son diplôme et qui ne cessera par la suite de le hanter. Questionnons l'esthétique du sublime qui trouve son origine non dans le plaisir - comme celle du beau - mais dans la souffrance et l'angoisse. Passons par Jean Nouvel et ses dispositifs spatiaux qui déterritorialisent et déracinent leurs occupants pour leur faire accomplir la révolution Galiléenne, leur faisant comprendre que la Terre tourne autour du Soleil et non l'inverse. Terminons au Qatar par un projet non réalisé d'OMA visant, dans un sadisme total, à humaniser des chevaux de courses en les plaçant face à la tragédie de l'existence." Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture
Mar 23, 2021
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Soigner - Les actes fondamentaux 3 - 2/4
Revenons sur l'hôpital, sur son passé et son avenir. Issu du lazaret, de l'hospice où étaient simplement mis à l'écart les populations déviantes, malades ou contaminées par les épidémies, il s'est peu à peu transformé en Machine à guérir pour reprendre l'expression de Michel Foucault. Un équipement médical qui trouvera son apothéose dans le sanatorium, où des terrasses protégées - exposant les patients à l'air et à la lumière - étaient destinées à les guérir de la tuberculose avant l'invention de la pénicilline. Mais voyons aussi ces équipements comme des mécanismes capables de reproduire des ambiances paradisiaques autour des corps malades, comme celles promises par Le Corbusier dans sa nappe en suspension au-dessus des eaux de Venise, et surtout les vastes espaces horizontaux, ouverts et ventilés, construits au Brésil par Joao Figueras Lima - dit Lelé - pour les accidentés de la route. Avant d'aborder les réglementations PMR qui transforment les parcs de logements en d'immenses espaces médicalisés potentiels, ainsi que la place de l'hôpital dans la ville d'aujourd'hui de nouveau confrontée aux pandémies.
Mar 2, 2021
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Jardiner - Les actes fondamentaux 3 - 1/4
La nouvelle saison de l'université populaire poursuit son étude des actes triviaux qui paraissent naturels mais ne le sont pas, parce que produits par des dispositifs architecturaux, les modèlent et leur donnent forme. Cette première Mastercalsse explore l'action de jardiner. « Paradoxalement, c'est dans le jardin que l'architecte devrait trouver son plein accomplissement, dans un savoir-faire qui n'est pas le sien mais celui du jardinier ou du paysagiste. Décrit dès les premières pages de l'ancien testament comme le lieu pour lequel l'homme a spécialement été créé : le Paradis, un mot dont l'étymologie est persane et qui désigne ces fragments de nature luxuriante ceints de murs et placés en plein déserts, où plantes et animaux se développent librement autour de bassins alimentés par des canaux souterrains collectant l'eau des montagnes alentour. Des espaces vivants que les empereurs perses s'enorgueillissaient de construire alors que d'autres s'épuisait à élever des pyramides, des monuments aussi morbides que stériles. Reprenant cette tradition, Louis XIV a ainsi établi à Versailles plus qu'un palais : un immense parc, convoquant toute la technologie de pointe de son temps, pour capter les eaux nécessaires au jaillissement de ses multiples fontaines. Ce qui nous permet de dégager une autre origine de l'architecture : ni grecque, ni égyptienne, mais perse ou babylonienne. Une origine plus en phase avec les aspirations des citadins d'aujourd'hui qui fuient les agoras et les colonnades de marbre pour se réfugier dans les jardins publics, leurs toits plantés ou leurs rebords de fenêtre fleuries... » Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture
Feb 16, 2021
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Manger - Les actes fondamentaux 2 - 1/4
L'Université Populaire poursuit son investigation commencée sur les actes essentiels de l'humanité et leur implication dans la détermination de l'espace. Manger, recevoir, éduquer, se recueillir : tous ces actes réclament des espaces dédiés pour s'accomplir et s'institutionnaliser. "Restaurants, cuisines, commerces, autoroutes, marchés d'intérêt national, abattoirs et champs à perte de vue : la terre entière a été implacablement organisée pour que nous puissions nous nourrir à intervalles réguliers et ne jamais être dominés par la faim comme nos lointains ancêtres, les chasseurs-cueilleurs du néolithique qui passaient leur vie à la recherche exclusive de leur subsistance. Mais manger c'est aussi un corpus de gestes codifiés qui font l'objet d'un long apprentissage. Une pratique, prescrite par de nombreux interdits, qui réclame impérativement de s'effectuer sous le contrôle d'une communauté. Un acte, qui de plus subsume le besoin animal de dévorer sous le plaisir esthétique de goûter. Nous analyserons certains dispositifs architecturaux contemporains où l'on se restaure tout en regardant les autres et en étant vus d'eux. Mais aussi des lieux qui se veulent en phase avec un certain style de cuisine. Ainsi l'hôtel restaurant Saint-James de Jean Nouvel à Bouliac, conçu comme un espace initiatique permettant de méditer sur la terre et ses produits avant de passer à la table de Jean-Marie Amat. Ou Le Dauphin, aménagé à Paris par Rem Koolhaas et Clément Blanchet, qui met les corps en légère tension pour qu'ils soient à même d'apprécier les savants assemblages d'Iñaki Aizpitarte, ou encore Enigma, réalisé à Barcelone par l'agence RCR et Pau Llimona qui s'organise comme un cristal autour des subtiles transgressions culinaires du chef catalan Albert Adrià." Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture.
Feb 2, 2021
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Se recueillir - Les actes fondamentaux 2 - 4/4
"La cuisine, le salon, la salle de classe : tous ces espaces peuvent être assimilés à des incubateurs, des accélérateurs aidant l'espèce humaine à s'arracher à sa condition animale. Et c'est essentiellement comme des appareillages imaginés pour permettre aux hommes et aux femmes de s'élever que nous aborderons les lieux de prière et de recueillement. Nous passerons des colonnes sur lesquelles se hissaient les anachorètes – à l'instar de Saint Siméon le Stylite – aux compositions vertigineuses de Guarino Guarini pour la Chapelle du Saint-Suaire à Turin et des frères Asam pour l'église Saint-Jean-Népomucène à Munich. Des dispositifs repris et réactualisés par Paul Virilio et Claude Parent qui font pencher les sols de Sainte Bernadette de Nevers pour accentuer le mouvement des fidèles vers l'autel, ou par Peter Zumthor qui redresse les corps des pèlerins sous la lumière zénithale trouant son bloc de béton votif posé à la lisière des champs et de la forêt. Une aspiration à l'élévation que l'on retrouve encore dans certains espaces laïques, notamment le grand vide sombre et silencieux élevé par Louis Kahn au coeur de la bibliothèque d'Exeter ou la plage claire qui s'étend sous les deux ouvertures ovales de la voûte conçu par Ryūe Nishizawa sur l'île de Teshima pour en conclure le parcours initiatique." Richard Scoffier, mars 2020.
Feb 2, 2021
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Eduquer - Les actes fondamentaux 2 - 3/4
"Comme le rappelle Peter Sloterdijk, le petit d'homme naît avant terme contrairement à la progéniture de la plupart des autres animaux. Il doit impérativement être éduqué pour espérer parvenir à maturité, et apprendre les gestes nécessaires à sa survie comme à celle de son espèce. Ainsi des bras de la mère et des autres membres de la communauté, puis les prothèses architecturales – écoles, collèges, lycées, universités – doivent lui permettre de se constituer comme un sujet libre et souverain dans un monde en perpétuelle évolution. Nous passerons rapidement sur les différents types de lieux d'enseignement pour nous attarder sur ceux qui forment les architectes. Ainsi à Rio de Janeiro l'école d'architecture de Jorge Machado Moreira (1957) se définit-elle comme un palais pour futurs héros de la modernité, tandis qu'à São Paulo celle de Villanova Artigas (1961) s'affirme comme un gigantesque plafond à caissons lancé au-dessus d'un immense espace de travail. Des exemples qui nous permettrons de mieux saisir les enjeux portés par les établissements d'aujourd'hui que ce soit celui de Fréderic Borel à Paris, de Bernard Tschumi à Marne-la-Vallée, de Lacaton & Vassal à Nantes ou de l'Institut méditerranéen de la ville et des territoires que la jeune agence NP2F doit réaliser à Marseille." Richard Scoffier, mai 2020
Feb 2, 2021
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Recevoir - Les actes fondamentaux 2 - 2/4
"Comment penser l'introduction de corps étrangers dans un espace privé qui conserve toujours dans ses tréfonds la mémoire du nid, de l'antre, de la tanière ? Nous nous rappellerons du Terrier, la nouvelle de Franz Kafka, dont le personnage principal – humain ou animal – vit dans une galerie souterraine, hanté par la terreur d'une intrusion fatale. Et nous reviendrons sur les différentes manières d'inviter les autres à pénétrer dans son propre territoire tout en les maintenant savamment à distance. Un double mouvement qui conditionne l'organisation de l'habitat traditionnel méditerranéen comme les constructions modernes et contemporaines. Nous analyserons comment les maisons iconiques de Le Corbusier, Ludwig Mies van der Rohe, Oscar Niemeyer, Lina Bo Bardi et Paulo Mendes da Rocha ou celles plus récentes de Lacaton & Vassal, Éric Lapierre et Valerio Olgiati, réglementent l'accès des autres dans leur intimité. Sans oublier que l'hospitalité reste au fondement du projet démocratique. Comme le met en évidence la double signification du mot hôte qui définit aussi bien celui qui reçoit que celui qui est reçu." Richard Scoffier, mai 2020.
Feb 2, 2021
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Acheter - Les actes fondamentaux - 3/4
"Walter Benjamin, Karl Marx, Émile Zola : chacun a vu à sa manière la ville se modifier sous ses yeux incrédules. Moins tournée sur les individus, les métiers que sur le sacre perpétuel des objets. La vitrine éclairée au gaz de ville qui s'arrache à la nuit, le passage protégé de la boue et des intempéries comme des autres aléas de la rue, puis le grand magasin qui s'affirme comme une réminiscence du souk ou du bazar oriental mais aussi comme un véritable opéra... Où, sous l'éclairage naturel tombant en cascade de ses verrières peut s'entendre le chant muet de la marchandise. Un monde hypnotique, hallucinatoire... Où en sommes-nous aujourd'hui ? Quand on nous promet sur l'une des dernières terres agricoles d'Île-de-France un immense centre commercial et culturel, quand les commerces sortent de leurs gonds et quittent leurs sites urbains pour investir les autoroutes, les aéroports et les gares afin de capter à la source les flux des acheteurs potentiels..." Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture.
Jan 26, 2021
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Travailler - Les actes fondamentaux - 2/4
"Les plateaux de bureaux ont, dès leur origine, été pensés comme des dispositifs orthopédiques poussant leurs occupants à donner le meilleur d'eux-mêmes. Ce sont des milieux accueillants et subtilement coercitifs, où tout est conçu pour que les employés puissent se développer à travers leur travail. Ainsi bénéficient-ils de la meilleure lumière naturelle ; de la température idéale ; du volume de vide suffisant pour exécuter leur répertoire de gestes programmés, sans se sentir oppressés, ni stressés. En témoignent les espaces paysagers conçus par Frank Lloyd Wright pour le Larkin ou le Wax Johnson Building vastes et lumineux comme des serres pour que les secrétaires rivées à leurs machines à écrire parviennent à un rendement optimal, tout en se surveillant discrètement les unes les autres. Ou les bureaux de l'agence BECT à Pantin : ici, associés et employés vivent en osmose comme des nomades. Ils passent des hautes tables où ils travaillent souvent debout, aux chaises du restaurant ou du café, aux transats isolés des terrasses plantées, aux profonds fauteuils insonorisés... Pour produire dans la fluidité, en ayant l'impression d'être entre copains ou d'avoir une conversation amoureuse ou de méditer seul et tranquille sur son avenir... Des lieux de travail qui peuvent être considérés comme des laboratoires et servent de modèle à d'autres équipements. Ainsi écoles, bibliothèques, logements tendent à s'organiser selon les mêmes principes..." Richard Scoffier, architecte, philosophe, professeur des Écoles Nationales Supérieures d'architecture.
Jan 26, 2021
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