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"le dernier des siens" de Sibylle Grimbert, paru le 26/08/2022 aux édition "Anne Carrière"
La rentrée littéraire, chaque fois, c'est, un peu comme la boîte à livres de mon quartier, le rendez-vous des espoirs déçus et des découvertes inattendus.Que dieu me savonne, et que Bernard Pivot me pardonne.Que de papier gâché, de quatrièmes de couvertures introspectives et de phrases ennuyeuses promises au pilon !Déjà, le départ de la course aux prix vient de retentir, et la littérature, semble y être confisquée par quelques notables de la lettre, paraît n'être plus que le refuge des sempiternelles même plumes devenues aphones à force de n'avoir plus rien à dire ?Serait-il "le dernier des siens", le livre qui aurait une belle et tragique histoire à raconter ?Sibylle Grimbert a trouvé son inspiration sur un rocher désolé au large de la péninsule de Reykjanes, au sud-ouest de l'Islande.Elle a été y chercher ses personnages.Une chance qu'elle en fût revenue à temps pour participer à cette nouvelle et prometteuse rentrée littéraire !"Le dernier des siens", paru aux éditions "Anne Carrière", est la belle surprise de cette rentrée littéraire.C'est un récit original, profond et touchant.C'est un beau récit qui nous concerne, qui parle à notre humanité et questionne nos rapports à l'animal.Sur Eldey, rocher abrupt islandais battu par les vents, deux colonnes en mouvement se dirigent l'une vers l'autre.Puis soudain c'est le massacre, rapide, violent comme toujours lorsque l'humain s'en mêle.Une des dernières colonies de grands pingouins, peut-être la dernière, vient d'être décimée.Un seul a pu survivre, meurtri, blessé, qui a été recueilli, une aile cassé, par Auguste.Auguste travaille pour un naturaliste du Muséum d'Histoire Naturelle de Lille.Le pingouin, quand à lui, répondra désormais au nom de Prost.Quelque chose de profond et de solide va se nouer entre les deux êtres ...Sybille Grimbert aurait pu se contenter de raconter une belle amitié qui aurait serré le coeur, et ravi tout à chacun de ses lecteurs.Mais, en même temps que de raconter une histoire touchante, Sybille Grimbert s'est mise en tête de se questionner, de nous questionner ...Et son livre prend alors une toute autre dimension de s'être élargi ainsi.Car elle vient dans cet ouvrage intelligent et sensible toucher de sa plume la destinée tragique de la race de ce pingouin aujourd'hui disparu bien sûr, mais aussi de celle d'Auguste, l'humain qui fût son ami.Car qui des deux a vu le vrai monde ?Sybille Grimbert, enfin, lâche l'affaire de la fameuse supériorité confiée à l'homme mais sans pour autant sombrer dans les travers d'un animalisme primaire.Sa réflexion est profonde, bien menée et juste.Ce livre est tout bonnement la bonne surprise qu'il faut lire dans une rentrée littéraire avec laquelle j'ai un peu joué au début de cette chronique ... trop peut-être ... quoique ...
Gilles



