Homo Swipiens
Homo Swipiens
Homo Swipiens
Homo Swipiens est une série de podcasts qui entend interroger celles et ceux qui ont été - ou sont toujours - sur les applications de rencontre. Ces personnes y ont connu l’amour, apprivoisé leur sexualité, se sont heurtées à beaucoup de déceptions ou y ont joui de plaisir, peut-être tout à la fois ou absolument rien. Quoiqu'il en soit, elles expérimentent de plein fouet les transformations induites par le capitalisme et la digitalisation dans leur rapport à l'amour, au monde et à elles-mêmes, à leur identité et à la connexion.
#14 Tatiana : « On ne peut pas nouer des connexions profondes tant que nos identités ne sont pas claires et authentiques. »
Je ne pouvais pas intituler la deuxième saison de mon podcast Connexion et identités et ne parler que de celles dont on parle tout le temps. Elles nous dominent, nous gouvernent, font la pluie et le beau temps médiatique, ont fait l’histoire. Je parle des identités binaires masculines, féminines, hétérosexuelles, blanches, binaires. Moi, je suis tout ce qu’il y a de plus majoritaire, je suis une femme blanche, cis-genre, hétérosexuelle. Mon podcast représente majoritairement des gens comme moi, explore les habitudes de ces gens là, sur ces applications là. Mais je ne peux faire un podcast qui traite des identités sans parler de non-binarité. Tatiana est transgenre. Elle nous parle de son secret, celui qu’elle m’a un jour confié : elle ne serait pas qui elle prétend être. Elle serait une femme que l’on aurait à sa naissance assigné au sexe masculin. Et la véritable question est : qui devient-on, qui choisit-on de devenir et surtout a-t-on le choix de le devenir ? L’identification de soi-même à un sexe biologique, l’achèvement de cette identité à la fin de la puberté, est une réduction. On ne naît pas femme, homme, queer, on ne naît pas « soi », on le devient. Que se passe-t-il en soi lorsqu’on ne se sent pas en accord avec cette assignation ? Est-on étrange ? Car l’étrangeté à elle-même, Tatiana la ressent encore parfois, honteuse d’avoir modifié ce corps qui lui a été donné. Ainsi, sur les applications ou dans la vie, elle se représente tantôt comme une femme-cis genre tantôt comme une femme transgenre. Dans cet épisode elle nous parle de la difficulté à être elle-même en ligne et hors ligne. Dans une société qui nous assigne à la naissance et tout au long de notre vie un rôle à jouer et un genre auquel ressembler, il est parfois impossible de s’identifier.
Mar 19, 2021
57 min
#13 Pauline & Thomas @tinderetsespepites : « ça c'est une belle pépite ! »
Les applications de rencontres sont aujourd’hui plus que jamais un endroit de socialisation. Privés de nos espaces de rencontres traditionnels, nous sommes contraints de pallier la solitude en nous connectant de partout, tout le temps et pour tout. Il en va de notre vie professionnelle, amicale, amoureuse. On travaille sur slack, on se rencontre en facetime, on se détend (ou se tend) sur Instagram, on débat sur Twitter, on se marre sur Tiktok, on se séduit sur Tinder. Comme pour refléter cette nouvelle réalité, en rire et la mettre encore plus à distance, de nombreux comptes Instagram reprenant des captures d’écran de profils d'applications de rencontres ont vu le jour. Certains dénoncent le racisme, le sexisme, la grossophobie, d’autres affichent simplement des profils osés, cyniques, drôles. Tous en tout cas sont les témoins de nos identités numériques. C’est le cas de @tinderetsespepites qui a connu un succès fulgurant sur Instagram et compte aujourd’hui 70 000 followers. Le succès est si énorme que les utilisateurs Tinder s’inspirent désormais des punchlines de ce compte pour remplir leur bio ou pour envoyer le premier message, celui qui va faire la différence. Peut-on voir ce phénomène comme de l’introjection, c’est-à-dire le processus en psychanalyse qui met en évidence le passage fantasmatique du dehors au dedans mais appliqué à l’échelle du dehors virtuel qui est bien plus vaste, bien plus fulgurant que nos environnements traditionnels et délimités ? Les réseaux sociaux se confrontent et se complètent et nous amènent sans cesse à retravailler notre image, ils nous valident, nous invalident, nous donnent des shoots d’adrénaline. Et après quoi ? J’ai donc demandé à Pauline et Thomas, créateurs du compte @tinderetsespepites de me parler de l’image que renvoie leur compte d’une génération qui n’a plus à rien perdre et fait tout pour en rire.
Dec 21, 2020
1 hr 4 min
#12 [2/2] Milan : « C'est la virilité qui se mord la queue. »
C’est quoi la virilité en 2020 ? Est-ce l'ensemble des critères morphologiques tels que la taille, un visage émacié, des poils, l’âge, des traits de caractères tels que la domination, la force, la capacité de protection ? La virilité est-elle associé à la capacité d’expansion, de possession du territoire ? Et si on ne rentre pas dans ces stéréotypes, cela fait-il de nous un looser, une victime ? Parce que les applications de rencontres nous poussent à réfléchir à ce que l’on veut montrer de soi, a choisir un angle de narration en particulier, il me semblait essentiel d’interroger la façon dont certains hommes veulent se montrer, alors que c'est justement l’inadéquation entre l’image qu’ils aimeraient refléter et la réalité qui engendrent souffrances et frustrations. Il est pourtant possible de sortir de ces schémas que l’on s’impose à soi-même. C’est en se remettant en question, en déconstruisant nos comportements, nos identités, en les contextualisant et en mettant à distance le cadre qui nous est donné, que nous créons les meilleures conditions pour se rencontrer. Dans cette deuxième partie il me semblait donc nécessaire de faire apparaître un autre point de vue “masculin”. J’ai invité Milan, créateur du podcast Phallodécentré - qui déconstruit la masculinité a nous partager sa vision des choses. Ainsi, en se questionnant, nous pouvons tous nous défaire des identités dont nous avons héritée pour en créer des nouvelles, des singulières, des authentiques. Peut-être ainsi pourrons-nous, enfin, établir une réelle connexion pour se rencontrer, soi, et les autres. Découvrez son podcast : https://phallodecentre.lepodcast.fr/ Bibliographie : "Le mythe de la virlité", Olivia Gazolé, Robert Laffont, 2017 "Sortir du trou, lever la tête", Maïa Mazaurette, Anne Carriere Eds, 2020 "La fin de l'anour", Eva Illouz, Seuil, 2020. Mix : Leonardo Pedron <3
Dec 14, 2020
38 min
#12 [1/2] Simon & Yan : « C’est quoi l’homme viril en 2020 ? »
Qu’est ce que signifient la connexion et les identités pour Simon et Yan qui ouvrent le bal de cette deuxième saison ? Leurs expériences des applications de rencontre ont été si marquantes qu’ils ont décidé de créer une compilation, un recueil de tous les rejets qu’ils ont accumulés au fil du temps. Ils l'ont intitulé "LoveMeTinder" comme pour se réconcilier avec une application de rencontre dont ils ont l'impression qu'elle ne leur laisse pas vraiment le choix. Compiler les rejets, est-ce ainsi se les mettre à distance ? Créer une armure entre l’individu qui se mouille, qui se rend vulnérable lorsqu’il part à la rencontre de l’autre et celui qui se met en scène sur la scène des genres, de ce que l’on entend par masculinité, par virilité ? Cette thématique importe d’ailleurs beaucoup à mes deux invités, à tel point qu’elle en devient le fil conducteur de notre conversation. Alors, leur identité est-elle virile ? Simon et Yan se questionnent. Dans cette première partie, ils vont nous donner leur interprétation de cette notion, sans jamais la déconstruire. Il me semblait donc essentiel de faire un deuxième épisode pour compléter et dépasser les propos qui sont évoqués ici.
Dec 14, 2020
59 min
🇬🇧  #11 Solenn: "If it's not fair, it's not working."
Solenn lived in Berlin. In Hamburg. She now lives in Amsterdam. She wandered in the cities, danced in their clubs, worked in their companies, ate their foods and met their inhabitants offline or online. What did she learn from meeting so many people in such different ways? Did she got more experienced, richer from all these get-to-know? Do they behave differently from a city to another? Is a 30 yo guy from Amsterdam going to react differently towards her profile, her pics than the one in Berlin? What is their relationship to love, commitment, sex, friendship? At 27 she says she has her whole life in front of her. Dating apps are fun until they are not anymore, until she doesn't know why she is still using them. Because, yes, she’s still missing this little connexion. So why does she keep going back to them? Is it like social media in general, an addiction? A way for us to feel less lonely when we in fact got more lonely the more time we spent with our screens? Do we really get richer from all these possibilities or are we in fact getting emptier as we fail to really connect, really meet? Bibliography: - "Women who Run with the Wolves: Myths and Stories of the Wild Woman Archetype", Clarissa Pinkola Esté, Ballantine Books, 1997 -"Simulacra and Simulation", Jean Baudrillard, Galilée, 1981 - "The reddest rose unfolds",Liv Strömquist, 2019
Oct 19, 2020
40 min
#10 Louisa : « Je me définis comme une femme racisée donc d’origine maghrébine et ronde. »
Lorsque j’ai décidé de créer ce podcast, je voulais surtout essayer de comprendre les conséquences du marketing de soi transposé aux choses de l’impalpable, du transcendant, du désir. Comment se voit-on, pourquoi décide-t-on de choisir cette photo plutôt qu’une autre, de swiper des profils inanimés correspondant pourtant à des critères que l’on s’impose. Les sites puis les applications de rencontres ont été une révolution à beaucoup d’égards, elles nous permettent de rencontrer des personnes en dehors de notre zone de confort, de faire tomber les frontières physiques, de créer des espaces au-delà des espaces géographiques. Mais en nous amenant à nous “vendre”, à nous afficher en photo, à nous mettre en rayon, elles contribuent très fortement à une fétichisation à outrance, à la réduction de notre êtres complexes et vivants à des corps inanimés, à des stéréotypes, à des objets. Pour ce dixième épisode et ceux à venir, j’aimerais rentrer plus en profondeur dans ces problématiques sociétales, culturelles dont les applications sont des symptômes. Louisa, 40 ans, créatrice du podcast Single Jungle, dédié à la problématique du célibat dans nos sociétés, ouvre le bal. Dans cet épisode, elle nous parle donc de son podcast mais surtout d’elle, de son célibat qui l’a amenée à utiliser les applications de rencontres, et de son expériences vis-à-vis de celles-ci. Elle y aura expérimenté la grossophobie & le racisme et nous raconte ce que c’est que de faire perpétuellement face à la fétichisation de son être dans le monde virtuel du dating. Références citées par Louisa : - L'Amour sous Algorithmes, Judith Duportail, Goutte D'or, 2019; - Sex Friends, Richard Mémeteau, Zones, 2019; - "Comment Instagram est devenu le terrain de jeu idéal pour pécho", Jennifer Padjemi, Août 2018, Glamourparis.com - [https://www.glamourparis.com/amour-et-sexe/amour/articles/comment-instagram-est-devenu-le-terrain-de-jeu-ideal-pour-pecho/67535]. Références citées par Anissa : - « L'Autre », Textes pour un poème 1949-1970, Andrée Chedid, Paris, Flammarion, 1987; - « Je vous aime avec excès, folie, transport et désespoir », Julie de Lespinasse, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2009.
Jun 15, 2020
42 min
#9 Les mots croisés - Elif & Paul « Je continue...J'attends. »
La perception que l’on a de nos expériences est toujours déterminée par un contexte, un environnement, une société, un héritage, une couleur de peau, un genre, une orientation sexuelle. Ainsi, l’expérience des applications diffèrent que l’on soit homme, femme, hétérosexuel.le, homosexuel.le, racisé.e, argenté.e, moins argenté.e etc. Et à force de vous interroger, je me suis rendue compte que les discours se croisaient, certains se ressemblaient, d’autres s’opposaient mais ils étaient presque toujours construits par rapport à la place que l’on pense avoir dans la société. Et ainsi, par exemple - en caricaturant - si un homme hétérosexuel utilise les applis pour trouver l’amour et qu’une femme les utilise simplement pour des rencontres à caractère sexuelle, il y aura la même volonté de l’un et de l’autre de se justifier par rapport à ce que l’on attend de lui et d'elle. Sommé.e.s de nous identifier à une communauté, à un genre, à un sexe, à une orientation, à une norme, nous le sommes toujours. Dans cet épisode j’ai donc voulu croiser les voix, celle de Paul, 30 ans, d’une part, et d’Elif, 29 ans, d’autre part - deux Français, Berlinois d’adoption depuis un bon bout de temps - pour briser un peu les stéréotypes liés aux genres. Je ne les ai pas enregistrés au même moment, ils n’étaient donc pas dans la même pièce lorsqu’ils se sont dévoilés. Ils se font échos sans pour autant dire la même chose. Paul recherche l’amour, Elif ne sait pas trop. En tout cas, leur expérience sur les applications de rencontres les interrogent sur ce que l'on attend d’eux, le rôle qu'ils doivent remplir mais aussi sur ce qu’ils attendent d’eux-mêmes.
Jun 3, 2020
58 min
#8 Antoine, fondateur d'abricot.co : « Tout le monde a envie de tomber amoureux. »
Comment parler d’applications de rencontres sans parler de celles et ceux qui les créent et dans quel but ? A priori, dans une société capitaliste le but est de faire du profit et donc l’intérêt de Tinder & consorts est de vous faire rester sur leur plateforme aussi longtemps que possible, de vous faire miroiter l’abondance sans jamais qu’elle ne s’incarne réellement. N’est-ce pas là justement l’illusion de la société consommation ? Créer plus d’offres, de biens, de besoin sans que jamais aucun ne nous satisfasse vraiment ? Avoir et ne pas être. Mais pouvons nous vraiment avoir sans être ? Antoine, 26 ans a fait le pari que non. Il est le co-fondateur d’abricot.co, un site et bientôt une application de rencontre qui a vu le jour il y a trois ans, en 2017. Constatant la vacuité de l’incessant swipe, l’insatisfaction crasse qui en résulte, il a voulu remettre la rencontre réelle au coeur du dating en ligne. Dans ce huitième épisode, il nous parle bien sûr d’abricot.co, de sa genèse et de sa vision mais aussi de son rapport personnel à l’amour et à l’engagement. Découvrez le site de rencontre abricot : https://abricot.co/ ainsi que ses articles sur Medium : https://medium.com/@antoine_2228.
May 25, 2020
55 min
#7 Amours heureuses : « On le croit pas quand on est heureux. C'est évident. Tu le sais. »
Alors que j’ai entrepris ce projet de podcast pour parler des rencontres qui se passent d’abord en ligne, je voulais avant tout parler d’amour, de notre recherche effrénée, intemporelle, désespérée et désespérante de cette personne qui pourrait nous compléter à l’infini. On se plante souvent, on souffre beaucoup, on essaie, on échoue, on réessaie, on y arrive, on arrête et on recommence. On se remet en question et on redéfinit nos attentes jusqu’à ne plus rien attendre. Et puis on se rencontre. A nouveau. Pour paraphraser André Breton dans l’Amour fou « C’est vraiment comme si je m’étais perdu et qu’on vînt tout à coup me donner de mes nouvelles. » Car pourquoi associer le préfixe re- au mot latin incontra, si ce n’est pour signifier la répétition. Et en effet, que provoque l’amour ? Un sentiment d’éveil, d’existence, de puissance. Alors qui rencontre-t-on vraiment ? Soi-même à travers l’autre ? Tant de disciplines se sont employées à l’analyser, à le rationaliser mais il demeure toujours sacré et insaisissable. La modernité veut qu’on ait conscience de ses limites comme en témoigne le florissement des théories de développement et de d’épanouissement personnels. Et pourtant on a beau compartimenter, essayer de contrôler, accumuler, swiper, consommer, le désir d’aimer et d’être aimé est universel. A travers les histoires d’Emilie (30) et Rémi (35) d’un côté et de Lucile (25) de l’autre, j’ai voulu cette fois-ci donner la voix aux amours heureuses, celles qui commencent par une banale conversation en ligne et qui n’en finissent pas de s’inscrire dans le réel. Cette fois-ci donc je n’interviendrai pas et laisserai toute la place à celles et ceux qui ont hasardeusement trouvé leur bonheur sur les applications de rencontres.
May 11, 2020
41 min
#6 Billy : « Les apps c'est quand même un point clé dans la vie de beaucoup d'homosexuels. »
Billy, 27 ans, fait partie de ces personnes qui se sont familiarisés dès le plus jeune âge avec les sites de rencontre. Parce qu’il est un homme qui aime les hommes et qu’il a grandi dans une société où la norme pour les hommes c’est d’aimer les femmes, ces sites lui ont permis à l’adolescence de découvrir sa sexualité en dehors des espaces de socialisations traditionnelles. Et d’ailleurs, aujourd’hui y a-t-il encore quelque chose comme des espaces traditionnels ? Car depuis, Billy a grandi, et les sites de rencontre avec lui, ils se sont transformés et peuvent désormais le géolocaliser et le faire rencontrer d’autres personnes dans son environnement proche. Avec Billy, j’ai essayé de réfléchir à l’importance de la place des applications de rencontre dans le façonnement de l’identité queer où l’amour reste cependant encore toujours la grande inconnue. Bibliographie : - "Still getting it on online: Thirty years of queer male spaces brokered through digital technologies", Sam Miles, 10.1111/gec3.12407, 2018/09/01, Geography Compass; - "Frictionless sharing and digital promiscuity", Robert Payne, , Communication and Critical/Cultural Studies, 2014; - Pourquoi l'amour fait mal, Eva Illouz, Ed. Seuil, 2012; - , Sex Friends, Richard Mèmeteau, Zones, 2019.
May 4, 2020
38 min
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