
L’accès à l’eau est un droit humain fondamental reconnu par l’ONU depuis 2010. En France, les coupures d’eau sont interdites par la loi depuis 2013, une interdiction validée par le Conseil constitutionnel deux ans plus tard. Mais les multinationales ont encore eu recours à cette pratique après 2015, plongeant les usagers dans une profonde détresse économique et sociale.
Une étude vient de paraitre, publiée par France Libertés et la Coordination Eau Ile-de-France. Elle révèle l’aspect inhumain de ces coupures et réduction de débit d’eau.
* Avec Marie Tsanga Tabi, Chercheuse à l'Irstea -Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture
C’est vous Marie Tsanga Tabi qui avez rédigé ce rapport pour les deux ONG. Vous vous êtes appuyés sur les quelques 1200 témoignages de familles victimes de coupures d’eau reçus par la Fondation entre 2014 et 2017. Quels sont les profils des foyers concernés ?
« Les ménages sont en bout de chaîne du processus de recouvrement des impayés. Ce sont des ménages dont le dernier recours était de chercher une solution auprès des deux ONG. Les profils qu’on retrouve sont des profils plutôt problématiques. 75% des ménages de l’échantillon sont en situation de grande précarité ou de fragilité socio-économique. 71% ont des enfants. 70% de ces ménages sont des parents ou des personnes isolées. De manière très générale, ce sont plutôt des ménages dont les situations d’impayés sont problématiques. »
© irstea
Comment expriment-elles les difficultés rencontrées face à cette absence d’eau ou ces réductions de débit ?
« De manière générale, la coupure est plutôt vécue comme une expérience traumatisante, à la fois sur le plan psychologique que sur le plan moral. C’est même vécu comme un choc. Un exemple de verbatim de quelqu’un qui a été coupé : "Accidenté en moto depuis juin 2013, je suis depuis en soins et en reconversion professionnelle, après avoir été reconnu travailleur handicapé. J’ai obtenu un logement social. On m’a coupé l’eau sans préavis, ni lettre. Je suis resté sans eau pendant près d’un an et demi, car je ne pouvais pas payer la réouverture du compteur. Ce problème était devenu énorme. J’allais chercher de l’eau dans des bidons. Cela me prenait beaucoup de temps, d’énergie et d’essence. J’ai supporté le regard des voisins, de mes amis. Puis la dépression… les odeurs quand il n’y avait plus d’eau et que je n’avais plus d’essence pour aller en chercher." Voilà un exemple de récit qui rend compte du vécu de la coupure. »
Vous parlez de traumatismes… Concrètement, quel est le quotidien de ces familles ?
« Le quotidien, c’est simplement de se retrouver sans eau et d‘être dans le désarroi le plus complet, parce qu’on a plus d’eau pour satisfaire ses besoins essentiels, besoins sanitaires, boire de l’eau, les besoins en hygiène. Il y a plusieurs personnes qui disent, "mon foyer a besoin d’eau pour les besoins de la vie courante. Sans elle, ma vie s’arrête". C’était vraiment un appel au secours. On a beaucoup de verbatim qui disent, je ne sais plus quoi faire, je suis au bord de la rupture, j’ai besoin d’aide. »
Ces familles racontent aussi les relations qu’elles ont eu avec leur distributeur d’eau. Qu’est-ce qui en ressort ? (indifférence... aspect inhumain des coupures d’eau… vulnérabilité des victimes…)
« Le défaut de prise en charge, que ce soit pour des litiges,
Jul 17, 2018
5 min

Bruno Ducluzaux est ingénieur hydrogéologue. Depuis plus de 10 ans, il porte son attention sur la problématique de la qualité des eaux souterraines.
Et c'est dans le beaujolais, non loin de Villefranche-sur-Saône, au nord de Lyon, que l'essentiel de ses préoccupations sont concentrées. Là bas, il piste toutes les pollutions qui menacent les eaux captées le long de la Saône, et qui sont sensées alimenter le réseau d'eau potable des communes environnantes.
Si les pouvoirs publics annoncent que l'eau potable de la Région est d'excellente qualité, Bruno Ducluzaux, lui affirme le contraire. Pour lui, les eaux de captages et les nappes souterraines subissent de multiples pollutions. Un peu partout dans le département, la qualité de l'eau potable laisserait à désirer.
"L'eau captée est polluée par les pesticides, les HAP et les perturbateurs endocriniens des cours d'eau. De plus, l'autre partie de l'eau provient des versants, sur lesquels des zones industrielles ont été installées dans les années 1970."
Cette contamination est due, notamment, aux endroits où l'eau est captée, comme par exemple à Villefranche-sur-Saône.
Les analyses officielles laisse penser que les rhodaniens boivent une eau d'excellente qualité. Mais ce ne serait qu'un leurre, d'après Bruno Ducluzaux. Pour lui, les mesures effectuées prennent pour base des seuils de détection des polluants trop élevés.
"D'après la DDASS, 98 % de la population boit une eau qui contient du tétrachloréthylène. D'après les pouvoirs publics, l'eau est d'excellente qualité à Lyon, et il n'y a aucun problème sanitaire dans le Beaujolais. Aucune amélioration n'est possible, car les décideurs nient les problèmes."
Pour limiter ces pollutions, Bruno Ducluzaux préconise des solutions simples et peu onéreuses à mettre en place.
"Actions immédiates : boucher les drains pour empêcher l'eau des rivières d'arriver directement dans les captages, mettre en place des barrières hydrauliques pour empêcher les polluants industriels d'arriver dans les captages, supprimer les rejets d'eaux usées en amont des captages.
Actions de long terme : abandonner les captages près des rivières, en aval des zones industrielles et des rejets des réseaux d'eaux usées, créer de nouveaux captages dans des zones moins polluées avec une protection de la totalité des bassins d'alimentation : territoires sans industries polluantes, avec une agriculture sans pesticides, ni nitrates."
Un « Collectif beaujolais des usagers de l'eau » a vu le jour, afin d'informer largement les riverains et de porter ces constats à la connaissance des pouvoirs publics.
Pour aller plus loin:
* Qualité de l'eau dans le Rhône
* ARBUE - Association Rhône Beaujolais des Usagers de L’Eau
Mar 6, 2018

L’accès universel à l'assainissement est un droit humain reconnu par les Nations Unies depuis 2010. Les Etats se sont engagés à assurer ce droit dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.
Pourtant, selon l’UNICEF, 4,5 milliards de personnes ne disposent toujours pas de services d'assainissement gérés en toute sécurité. 1 milliard d'entre elles sont contraintes de déféquer en plein air, dans les champs, dans les buissons, ou dans les cours d’eau. Pour les autres, elles utilisent des seaux, des sacs plastiques, des trous, des toilettes partagées, ou encore des latrines très mal isolées.
Pour faire progresser la cause de l'assainissement, la Coalition Eau, Action contre la Faim et le Secours Islamique France lancent le 19 novembre, à l’occasion de la Journée Mondiale des Toilettes 2017, la campagne d'affichage « Parlons Toilettes ». Les ONG entendent sensibiliser « avec humour » le grand public et interpeller le gouvernement français sur une problématique bien réelle et dramatique.
© www.parlons-toilettes.org
Si se rendre aux toilettes et tirer la chasse d’eau est un geste naturel, une évidence pour la plupart d’entre nous, il ne faut pas oublier qu’un tiers de l’humanité n’a toujours pas accès à des toilettes décentes. Tous les continents sont touchés. Si 70% de la population de l’Afrique subsaharienne n’a pas de toilettes décentes, dans l’Union européenne, ce sont 20 millions de citoyens qui n’ont pas d’installations sanitaires correctes.
Conséquences : une contamination de l’environnement et des populations.
Comme ils ne sont pas stockés dans un endroit clos, ni évacués pour être traités, les excréments se disséminent dans l’environnement. Les microbes se propagent ainsi aisément partout, polluent les cours d’eau, s’infiltrent dans les sols, et contaminent les populations. Le fait d’ingérer ou d’être en contact avec une eau polluée par les excréments a des impacts graves sur la santé, diarrhée, choléra, typhoïde… Chaque année, la diarrhée tue environ 361 000 enfants de moins de cinq ans, soit plus de 1 000 par jour. Les maladies dites « hydriques » contribuent également à la sous-nutrition et à l’absentéisme scolaire. Et elles représentent des pertes économiques considérables.
Plusieurs facteurs expliquent ce manque tragique de toilettes. Selon les ONG, il s’agit notamment d’un manque de volonté politique, empêchant de traduire les engagements dans les faits. Dans les contextes où l’accès à l’eau potable n’est pas assuré, l’assainissement n’est pas toujours considéré comme une priorité. De plus, le lien entre manque d’assainissement et maladies n’est pas toujours assimilé par les populations qui n’en font pas une demande forte. Le coût des installations reste un obstacle pour des familles aux capacités financières limitées.
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ThMZb3lPuR8]
Et puis la question des toilettes reste taboue. Etats, médias et citoyens considèrent ce problème comme relevant de la sphère intime, ce qui freine le développement de plans d’actions. La question du financement est aussi cruciale. Les fonds qui y sont consacrés restent cruellement insuffisants.
Pourtant, comme le rappelle les associations, un meilleur accès aux toilettes permettrait d’éviter 58% des cas de diarrhées dans le monde. Conséquence : le nombre d’enfants souffrant de sous-nutrition pourrait être divisé par deux. Des maladies en recul et un absentéisme scolaire qui diminue.
Nov 14, 2017
4 min

De tout temps, l'eau a été l'objet de convoitises, de guerres, de corruptions
Partout dans le monde, sa gestion est devenue source de conflit. D'où la nécessité d'édicter des lois sur l'eau et de statuer sur les conflits qui en découlent.
En 600 avant Jésus Christ, à Athènes, les premières lois sur l'eau sont apparues. Elles fixèrent des règles bien précises pour la gestion des eaux souterraines. Les distances pour aller creuser un puits ou pour gérer les plantations étaient réglées avec précision. 200 ans plus tard, il a fallu légiférer sur les atteintes portées à l'intégrité de cette eau qui attirait de plus en plus de d'envies. Si, par la suite, les réseaux d'approvisionnement se sont développés et modernisés, les litiges n'en ont pas moins disparus.
C'est ainsi qu'à Valence, en Espagne, s'est créé, en 960 après Jésus Christ, le Tribunal de l'Eau, sur la volonté du calife de Cordoue. Une institution qui perdure encore aujourd'hui. Chaque jeudi, depuis des siècles, ce tribunal se réuni devant la porte des apôtres de la cathédrale de Valence pour régler les conflits liés à l'eau.
Composée de 9 juges, choisis et élus parmi les exploitants agricoles, cette instance se réunit aux douze coups de cloche pour arbitrer en audience publique les litiges qui ont pu intervenir durant la semaine entre les différents agriculteurs de la région. Des différents qui portent sur la répartition des 8 canaux qui irriguent les terres de la plaine de Valence, une plaine fertile où sont produits des agrumes, du riz, du raisin et des pêches.
Ces juges ne sont pas des juristes professionnels. Mais ce sont des cultivateurs respectés, des sages, dépositaires d'une longue tradition orale. Ils ont une parfaite connaissance du droit de l'irrigation de la région et maîtrisent à la perfection les rotations et les périodes d'arrosage, la répartition proportionnelle de l'eau et l'entretien des canaux nécessaires au bon écoulement des ruissellements d'un champ à l'autre.
Fort d'une histoire de plus de 1000 ans, les sentences prononcées par le Tribunal des Eaux de Valence sont sans appel. Basées sur la justice, le bon sens et la loi, elles ne sont jamais contestées. D'ailleurs, pour éviter l'affront d'être jugé en public, les agriculteurs s'efforcent de veiller à ne pas enfreindre les bons usages et essayent de trouver des accords préalables.
Rapide, adaptée à son environnement immédiat, d'un coût infime, cette juridiction atypique fait figure d'exemple d'autogestion par une population de ses ressources. Tout son système d'arbitrage obéit à un équilibre entre tradition et adaptation aux réalités du monde moderne et aux aléas climatiques.
La pratique séculaire de cette institution respectée a réussi ici à dépassionner et à pacifier la gestion de cet or bleu qui, dans bien des régions du monde, est le catalyseur de profonds conflits. Même si des conflits d'un autre genre surgissent parfois entre exploitants agricoles, conflits d'intérêts lorsque des enjeux économiques sont menacés
Mais cela reste malgré tout un modèle de compromis institutionnalisé qui donne des idées aux promoteurs d'un Droit International de l'Eau. Ceux-ci verraient d'un bon il la création d'un Tribunal Mondial de l'Eau qui pourrait trancher dans les rivalités liées aux partages des cours d'eau et des ressources souterraines.
Oralité, simplicité : quand la sagesse millénaire peut-être une douce conseillère
Pour aller plus loin :
* UNESCO - Tribunal de l'eau
* Partage des...
Jul 4, 2017

Le 22 mars, c’est la Journée mondiale de l’Eau. C'est l’occasion pour les associations qui se mobilisent autour de l’eau et de l’assainissement de rappeler que cette eau est au cœur des défis du changement climatique, de la réduction des inégalités, et du développement socio-économique, tant en France qu’à l’international.
Le 22 mars, c’est aussi l’occasion pour la Coalition Eau, qui regroupe 30 ONG françaises, d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle pour qu’ils intègrent cette problématique de l’eau dans leurs engagements de campagne pour qu’elle soit au cœur de la prochaine mandature.
Avec Sandra Métayer, coordinatrice de la Coalition Eau.
Avant de parler de cet appel aux politiques, rappelons quelques chiffres… L’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde n’est pas une réalité pour tous.
« Aujourd’hui la question de l’accès à l’eau, qui est reconnu comme un droit humain par les Nations Unies depuis 2010, est un droit qui n’est pas effectif. Il y a 1,8 milliards de personnes qui n’ont pas accès à une eau saine. Ce sont des personnes qui consomment quotidiennement une eau contaminée, avec des conséquences lourdes sur la santé. Un rapport de l’OMS explique que les maladies diarrhéiques, qui sont liées à la consommation d’une eau insalubre et à un assainissement inadéquat, sont la deuxième cause de décès des enfants. Ce sont 1 000 décès d’enfants par jour. Cela impacte la santé, mais aussi l’accès à l’éducation, l’égalité des personnes, l’économie, ou l’environnement. »
En France aussi, cet accès à l’eau pose encore problème. De quelle nature ?
« Il y a deux types de problèmes en France. Il y a les personnes qui sont sans accès physique à l’eau et l’assainissement. Ce sont les sans-domiciles fixes, les gens du voyages, les réfugiés, les migrants, les familles qui habitent dans des habitats insalubres, et qui n’ont pas de point d’accès à l’eau et de toilettes disponibles. Il y a un enjeu particulier en Outremer, où l’accès à ces services essentiels reste un énorme défi. Près de la moitié des personnes ne sont pas raccordées au réseau d’assainissement.
Le deuxième aspect, c’est le million de familles qui dépensent une trop grande partie de leurs ressources financières pour l’accès à l’eau. Le droit humain à l’eau potable et à l’assainissement est effectif si l’accès se fait à un coût abordable. C’est un critère défini par les Nations Unies. En France, on considère qu’il y a une million de ménages qui n’ont pas accès à l’eau dans des conditions abordables. Elles dépensent plus de 3% de leurs ressources financières pour s’acquitter de leur facture d’eau. »
© Coalition Eau
30 ONG françaises, regroupées au sein de la Coalition Eau, profitent donc de cette Journée mondiale de l’Eau pour interpeller les candidats à la présidentielle afin que la question de l’eau soit au cœur du débat public. Dans quel but ? Quel est le défi qui est lancé aux candidats ?
« On attend d’avoir un échange avec les candidats sur la base de nos propositions et de savoir comment ils se positionnent sur les sujets de solidarité internationale et les sujets liés à l’eau. Nous verrons s’ils peuvent s’inspirer de nos propositions pour avoir des programmes ambitieux dans ce domaine. »
Parmi les cinq propositions de la Coalition on retrouve la volonté de faire inscrire dans la loi le droit humain à l’eau et l’assainissement, projet de loi qui a été freiné il y a quelques semaines par le Sénat, mais qui sera à nouveau porté par les associations lors de la nouvelle législature.
Les ONG souhaitent aussi porter des propositions tournées s...
Mar 21, 2017
6 min

C'est un patient un peu particulier qui se confie sur le canapé d'un psychanalyste. Il s'appelle Léo... c'est un seau bleu, rempli d'eau. Et il se dit être un maniaque de l'eau.
C'est l'une des mascottes de la campagne de l'Union Européenne, Génération Awake centrée sur la surconsommation de nos ressources.
Avec Linda l'impulsive, Charles le joufflu, et Rodolphe le routinier, Léo, le manique de l'eau est là pour nous rappeler l'impact de nos comportements sur les ressources naturelles comme l'eau, les sols fertiles, l'air pur et la biodiversité... Parceque nous avons tendance à consommer sans penser aux conséquences.
Génération Awake s'adresse à toutes les générations qui veulent vivre leur vie à fond tout en respectant la nature. Chaque choix du quotidien doit tenir compte de l'environnement, pour marquer une différence dans la vie de chacun, améliorer son mode vie et contribuer à rendre la ville ou la planète plus saine et plus durable.
Léo, le maniaque de l'eau, vient donc pour sa part rappeler les classiques conseils du quotidien... La douche plutôt que le bain, les chasses d'eau économiques, les robinets à réducteur de débit, les produits détergents nuisibles pour l'environnement, ou la bonne utilisation du lave vaisselle...
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=8NsPrf8AKL4]
Génération Awake - Léo le maniaque de l'eau
La campagne Awake nous rappelle aussi la quantité d'eau nécessaire à tous les produits que nous consommons. Dans une vidéo on apprend par exemple qu'un hamburger équivaut à consommer 2393 litres d'eau. De l'élevage du bétail en passant par la culture du blé, des tomates ou des pommes de terre, jusqu'au transport, l'empreinte hydrique du hamburger n'est pas anodine.
Mais d'autre produits sont également passés à la loupe. Pour une tranche de pain ce sont 48 litres d'eau qui sont consommés. Un kilo de riz équivaut à 2497 litres d'eau tandis qu'une tranche de fromage en représente environ 150 litres.
Il n'y a pas que la nourriture qui consomme de la ressource première. L'empreinte hydrique de nos vêtements est également soulignée. Une paire de chaussure nécessite plus de 8500 litres d'eau pour sa fabrication quand un t-shirt en consomme près de 2500 et un jean près de 10000 litres.
Au delà de ces simples constats chiffrés, Génération Awake rappelle ce que sont quelques notions comme la rareté de l'eau et la pollution de l'eau. La campagne pose aussi la question de la source énergétique ayant l'empreinte hydrique la plus élevée et donne des pistes à chaque consommateur pour réduire sa propre empreinte.
Pour aller plus loin :
* Génération Awake, la campagne de l’Union Européenne
* Le Guide de la Consommation Awake
Feb 21, 2017
2 min

Quand la loi fait obstacle à ses intérêts économiques, il faut la contourner. C'est en substance ce que se sont dit les entreprises de l'eau. Elles tentent en ce moment de faire pression sur les élus locaux pour que les réductions de débit d'eau soient inscrites dans les avenants des contrats de délégation de service public. C'est la Fondation France Libertés qui a mis au jour ces pratiques. Comme nous l'avons vu la semaine dernière, les nouvelles clauses autoriseraient les réductions de débit, en infraction avec la loi.
Pour justifier leurs exigences, les entreprises de l'eau mettent en avant le volet économique et le surcout engendré par l'interdiction des coupures. Les impayés auraient explosés depuis la loi. Info ou Intox ?
* Avec Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés
« Intox. Les multinationales de l'eau mélangent deux informations différentes : les retards de paiement et les impayés. . Si vous ne payez pas la facture au moment où vous la recevez, c'est un retard de paiement. Il faut alors enclencher un processus de recouvrement pour savoir pourquoi la facture n'a pas été réglée. On ne parle d'impayé, de créance douteuse, qu'à partir du moment où s'est écoulée l'ensemble de la procédure de recouvrement. Parfois, pour déclarer une facture impayée, il faut attendre deux, trois ou quatre ans, une fois que l'ensemble des recours sont mis en oeuvre. Dans le service public de l'eau, il y a la possibilité de faire couvrir un certain nombre de factures par le fond social départemental pour l'eau. Les collectivités mettent également des procédures pour aider les familles les plus démunies à payer leur facture d'eau, via leurs services sociaux. En disant en raccourci que l'ensemble des factures en retard de paiement sont des impayés, les entreprises s'exonèrent de leur travail de recouvrement et du risque qui est calculé dans leur délégation de service public. Ils prennent le beurre, et rejettent les risques sur la collectivité. »
Les maires des communes concernées ont donc interpelé France Libertés pour qu'elle leur vienne en aide. Les collectivités semblent assez mobilisées sur la question. La FNCCR (la Fédération nationale des collectivités locales concédantes et régie) prend la chose au sérieux... Quel est le rôle de cette fédération et que préconise-t-elle ?
« Cette fédération travaille spécifiquement sur l'eau et l'énergie. Elle préconise aux élus de ne pas signer ces avenants. Aujourd'hui, il n'est pas possible pour les collectivités et les délégataires de savoir si les impayés vont exploser. Ces avenants arrivent beaucoup trop tôt. Au delà du fait que ces avenants demandent aux élus de pouvoir mettre en place des réductions de débits, tout ce qui est proposé sur les impayés n'a pas lieu d'être. C'est en cela que c'est une arnaque. Les entreprises n'ont pas encore la capacité de savoir quelle sera, in fine, le niveau réel des impayés.
Les collectivités, et la FNCCR sont mobilisés. Ils disent aux élus : surtout ne faites rien. Il faut demander le maximum d'information aux multinationales pour savoir quel est le surcoût réel pour eux. Cela leur évitera de se retrouver avec des surfacturations contractuelles. A aucun moment les entreprises ne proposent des clauses de réversibilité si demain il y avait des baisses d'impayés. C'est donc uniquement dans l'ambition de faire plus d'argent. »
Il y aurait donc urgence, selon France Libertés, à repasser la gestion du service public de l'eau en régie publique.
« Dans le cas de la commune du nord de la France, dont on a parlé la semaine dernière, on voit que ces avenants sont construits par des services juridiques de Véolia, de la Saur et de Suez, qui sont puissants, centralisés sur Paris. Ces avenants sont mis en oeuvre par des délégués régionaux. En face d'eux,
Oct 25, 2016
6 min

La gestion du service public de l'eau entre dans une nouvelle ère. Les délégataires s'étaient déjà faits remarqués avec les coupures et réductions de débit d'eau illégales, avec les conséquences juridiques que l'on sait. Aujourd'hui, les multinationales de l'eau tentent de nouvelles pratiques pour parvenir à leur fin et contourner la loi. Elles font pression sur les collectivités locales.
Ces multinationales innovent. Selon la Fondation France Libertés, elles lancent une "arnaque à grande échelle" pour tromper les élus locaux.
* Avec Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés.
« Les multinationales de l'eau, notamment Véolia, la Saur et Suez, ont la volonté de s'appuyer sur les modifications législatives, comme l'application de la loi Brottes contre les coupures d'eau, pour mettre en place des avenants visant à couvrir les soi-disant frais supplémentaires qu'entrainent cette loi. Et ils en profitent pour augmenter leurs profits sur le dos des élus. Ils pratiquent ces avenants sans rien expliquer, et en disant aux élus qu'ils n'ont pas le choix. »
Dans ces avenants, des mentions autorisent les réductions de débit avec l'aval de la commune.
« C'est la partie illégale qui nous fait bondir. On se bat depuis un an et demi pour faire valoir qu'une réduction de débit est la même chose qu'une coupure d'eau. On a été suivi par plusieurs tribunaux d'instance et par une cour d'appel le 12 septembre dernier à Limoges. Pour se couvrir, les multinationales essaient de faire signer des avenants en leur demandant l'autorisation de pratiquer des réductions de débit. Alors qu'elles savent pertinemment que c'est illégal. »
Par ce biais, les multinationales se payent trois fois. France Libertés parle de "racket".
« Dans l'avenant d'un contrat d'une ville du Pas-de-Calais, Véolia explique que l'ensemble des petits montants d'impayés seront pris en charge par la collectivité directement, sans préciser ni le montant de ces impayés, ni quel est le montant à mettre en oeuvre pour les recouvrer. La collectivité n'a aucun moyen de savoir comment les choses vont se passer. Dans un deuxième temps, Véolia explique que s'il y a un doublement des impayés, Véolia aura la main libre pour augmenter le tarif de l'eau. Véolia n'aura aucun intérêt à recouvrer les impayés, car s'ils doublent ils auront la possibilité d'augmenter le tarif de l'eau unilatéralement. Enfin, ils proposent de mettre en place un abonnement supplémentaire annuel de 8€ par abonné pour couvrir le montant de ces impayés. Donc ils se paient trois fois. »
La Saur continue de pratiquer coupures et réductions de débits d'eau, en toute transparence. Elle a même prévenu le maire d'une petite commune du Calvados.
« Le maire a reçu cette lettre avec une liste de 25 personnes qui vont être victime d'une réduction de débit dans la semaine du 17 octobre. Cela représente plus de 1% des abonnés de ce syndicat d'eau. Ce n'est pas anecdotique. Cela prouve que, pour la Saur, la pratique des réductions de débit est systématique malgré les condamnations qu'ils ont eu. Ils ne font même pas attention si cette pratique est autorisée par le règlement de service. Pour ce syndicat d'eau, les coupures étaient mentionnées, mais pas les réductions de débit. Heureusement, le syndicat d'eau fait passer une délibération pour modifier le règlement de service en interdisant les coupures et réductions de débits. »
Nous verrons la semaine prochaine que les collectivités s'organisent face aux pratiques des multinationales et à leur communication très aiguisée.
Pour aller plus loin :
* Illégalité et arnaque : comment les multinationales tentent de piéger nos élus
* Coupures et réductions de débit d'eau : témoignez
Oct 18, 2016
5 min

C’est une première ! Une cour d’Appel condamne une entreprise de l’eau pour réduction de débit d’eau illégal chez un particulier. En 2015, la SAUR avait réduit l’alimentation en eau chez une famille de Limoges. Condamnée en première instance le 6 janvier 2016, elle vient de se voir confirmer sa condamnation par la cour d’Appel de Limoges. La Fondation France Libertés et la Coordination Eau Ile-de-France sont à l’origine des poursuites contre la SAUR. C'est une nouvelle victoire pour les associations.
* Avec Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés.
Cette famille de Limoges est donc restée pendant trois mois avec un débit réduit. Qu’est-ce que cela signifie au quotidien ?
« La décision du juge d’appel de Limoges est intéressante. Il explique par exemple que dans les conditions de cette famille, c’est 2h40 pour prendre une douche, 5h pour prendre un bain, une demi-heure pour remplir une chasse d’eau, et c’est surtout l’impossibilité d’utiliser touts les appareils qui fonctionnent avec de l’eau et notamment le lave-linge. C’est pire qu’un inconfort, c’est une indignité. C’est l’impossibilité de vivre dignement chez soi. Cela oblige à aller quémander à droite, à gauche, à faire des kilomètres pour prendre une douche. Le Conseil constitutionnel le mettait en avant dans sa décision de mai 2015 : interdire les coupures d’eau et les réductions de débit, c’est permettre à chacun de vivre dignement chez lui. »
La décision de la cour d’Appel de Limoges est inédite et importante. Elle fera date, et fera jurisprudence.
« Elle est inédite, parce que c’est la première. Elle est importante parce que jusqu’à maintenant on avait obtenu des décisions d’instance sur cette question de la réduction de débit. Les entreprises et les collectivités locales nous répondaient que la loi n’était pas claire… et qu’elles continuaient leurs pratiques parce que la loi le permettait... ! La décision de la cour d’Appel de Limoges, très bien fondée sur le droit international et le droit français, s’appuient aussi sur les décisions du Conseil constitutionnel. Donc il est évident maintenant que, comme les coupures d’eau, les réductions de débit sont strictement interdites en France. On peut espérer que les entreprises arrêtent de réduire le débit et de couper l’eau. »
"On n'est plus dans un Etat de droit" (E.Poilane)
Il s’agit de la treizième condamnation, mais pour autant, les entreprises continuent malgré tout leurs pratiques. Il faut rappeler que la SAUR a été condamnée cet été dans deux autres affaires. C’était pour des coupures d’eau en Seine-et-Marne et dans les Pyrénées-Atlantiques.
« C’est ce qui est difficile. Il y a deux entreprises, Véolia et la SAUR, qui continuent leur pratiques comme si de rien n’était, et qui refusent même de discuter avec nous pour trouver des solutions. On leur envoie les témoignages des personnes qui viennent vers nous pour qu’ils les règlent. Quand nous leur envoyons les témoignages, ils les règlent. Mais cela ne protège pas l’ensemble des personnes qui sont victimes. Il y a aussi toutes les petites mairies qui mettent en œuvre l’eau elles-mêmes. Elles savent que c’est illégal de couper l’eau mais elles le font quand même parce qu’elles estiment que c’est le seul moyen pour récupérer l’argent. On est dans un moment où des élus et des entreprises refusent d’appliquer la loi pour des raisons économiques. Cela me choque énormément. Si dans une République comme la notre, des acteurs publics et privés disent, on n’applique pas la loi parce que cela ne nous arrange pas économiquement parlant, cela veut dire que l’on n’est plus dans un Etat d...
Oct 4, 2016
5 min

Le droit à l’eau pour tous est un combat quotidien partout sur la planète. Bien commun de l’Humanité, cette eau est menacée constamment et son accès rendu de plus en plus difficile pour beaucoup de personnes partout dans le monde.
Ce combat pour l’eau est devenu au fil des ans l’axe central du travail de la Fondation France Libertés qui s’attache à défendre un accès pour tous à une eau de qualité.
* Avec Sara Lickel, chargée du suivi des projets « Eau et Extractivisme » à la Fondation France Libertés.
France Libertés milite notamment pour inscrire le droit à l’eau potable et à l’assainissement dans toutes les Constitutions…. Mais la Fondation n’est pas que dans le travail législatif ou de sensibilisation. Elle est aussi dans l’action… France Libertés soutien de nombreux projets à travers la planète.
« L’objectif de la Fondation France Libertés a toujours été de soutenir les initiatives au niveau local. Cela passe depuis quelques années par des appels à projets. En mars 2014, la Fondation a publié un appel sur le droit à l’eau face aux industries extractives pour lequel nous avons reçu de nombreuses propositions de la part d’organisations, partout dans le monde, qui travaillent au plus près des communautés. La sélection s’est faite à partir d’un ensemble de critères préétablis, comme par exemple la défense des droits humains et des biens communs du vivant, des valeurs que défend la Fondation. La qualité du projet et son impact environnemental ont également été pris en compte. Il s’agit de voir comment le projet répond, sur le long terme, à un problème qui est posé par la présence d’une industrie extractive et de son impact sur les populations locales et sur leur droit humain à l’eau. En 2014-2015, la Fondation a soutenu 9 projets. Elle en avait soutenu 10 en 2012-2013. »
A l'issue de ces appels projets, la Fondation en a soutenu plusieurs, comme en Amérique Latine.
« Un exemple intéressant est ce projet qui a été financé en Equateur. L’ONG équatorienne Acción Ecológica travaille depuis 30 ans sur les problématiques liées à la pollution causée par l’exploitation du pétrole en Equateur. On connait le cas de l’entreprise américaine Chevron qui a été condamnée pour les dégâts environnementaux qu’elle a causée. Mais Acción Ecológica a voulu mettre en lumière le fait que l’entreprise d’état PetroAmazonas, qui exploite du pétrole, n’est pas meilleure.
© accion-ecologica
Leur travail est vraiment intéressant. Ils ont réussi à créer une assemblée sociale permanente des communautés affectées de Pacayaku et Dureno, qui sont deux localités extrêmement concernées par la pollution de l’eau à cause du pétrole. Jusque là, les réclamations se faisaient au niveau individuel. Souvent les populations réclamaient des emplois auprès des entreprises. Acción Ecológica a travaillé en co-construction avec les populations locales. Ils on regroupé 25 communautés afin qu’elles puissent parler d’une seule voie au sein de cette assemblée, et qu’elles puissent réclamer leur droit humain à l’eau. L’entreprise a essayé au départ de diviser les communautés. Mais grâce au soutien de France Libertés, le pouvoir du citoyen est devenu plus fort. Ils ont gagné en crédibilité et prennent part au débat. Ils sont écoutés par les entreprises et les autorités locales. »
Il n’y a pas qu’en Amérique Latine que France Libertés intervient. La Fondation est présente également en Asie, ou en Afrique. Des projets sont soutenus aussi dans les pays du Nord, comme aux Etats-Unis par exemple.
« Le projet est radicalement différent mais a le même objectif. Il est mené avec le Community Environmental Legal Defense Fund (CELDF), le Fond de défense légal de l’environnement au niv...
Sep 13, 2016
7 min
