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@CarolineDeAllegri @JeremieWagner @WarcoBrienza
Entre Ombres et Lumière – CF Ramuz dans ‘Passage du poète’ (EP4)
1 seconds Posted Nov 12, 2024 at 10:53 am.
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Charles Ferdinand - dit ‘CF’ - Ramuz dans Passage du poète: Besson le vannier arrive au printemps dans un village du Lavaux, à côté de Lausanne, surplombant le Lac Léman. Il vient y travailler le temps d’une saison. Sur son passage, on rencontre plusieurs personnages, du fossoyeur jusqu'à Mathilde et sa robe neuve en passant par Congo, à la charge de la commune, Gilliéron dans sa cave, Bovard dans sa vigne... Chacun est pris dans ses soucis. Besson, avec sa tranquillité silencieuse, s’intègre sans s’intégrer. Ce sont les autres qui modifient leur regard sur leur quotidien. L’été fini, une fête des vignerons rassemble tout le monde, et Besson s’en repart dans le silence de la nuit.
Dans le 4e épisode de cette série, écouter les passages suivants d'un des livres préférés de CF Ramuz, 'Passage du poète' :
- chapitres 8 et 9
Transcription ci-dessous:
Chapitre 8
Besson, pendant ce temps, est de nouveau sur la route.
Il a travaillé encore, ce matin ; après quoi, il a pris sa hotte comme un enfant entre ses bras, il passe dans les courroies l’épaule droite, l’épaule gauche.
Il dessine la ligne du mur en passant derrière, à cause de sa partie claire qui est aussi sa partie d’en haut ; on voit qu’il a pris la côte en travers, s’élevant toujours plus par une pente égale.
Là-bas, et presque à la même hauteur que la route, Bovard est sur son promontoire ; Bovard se redresse, il lève la tête un moment, il devient silencieux. L’outil s’est tu entre ses mains, tandis qu’il lève la tête et regarde. Un autre alors, au-dessus de la route, sort d’entre les feuilles comme le nageur, il sort avec son dos d’entre les feuilles gardant ses jambes enfouies, il se retourne, et lui c’est, d’en haut qu’il regarde.
Ce qui passe, ce qui va.
Ce qui quitte l’un pour aller à l’autre. Ce qui réunit.
Eux, immobiles chacun dans son carré de murs, chacun sur sa marche d’escalier, et étagés ; et lui qui alors a le mouvement et est comme un message de moi à toi, de nous à vous. Le soleil le marque en clair et en brillant. Chacun se redresse, et regarde, et lui va : alors la route arrive à une place où il y a un repli dans le mont ; là on voit qu’il y a des arbres, les cyprès qui montent tout droit comme des colonnes noires, des saules pleureurs au feuillage clair, allant en sens inverse, étalés.
C’est qu’ils veulent que leurs morts soient couchés bien à plat sous la terre, quand ils les y couchent pour toujours. Ils veulent que leurs morts soient comme dans un lit, ils ont choisi la seule place où il y ait une assez grande épaisseur de terre pour les mettre, comme il est convenable, la tête pas plus haut que les pieds. Ailleurs, sitôt qu’on creuse, on rencontre le roc ; ailleurs la pente continuellement se tient droite : c’est ici, dans ce repli, dans cette poche, après le tournant de la route, et on aperçoit par la grille les croix de marbre, de l’herbe, de la pervenche, comme Besson a fait, tournant un peu la tête, et puis il a passé…
Lui, on ne l’a pas vu tout de suite. On ne savait même pas qu’il était là. Longtemps, il avait été comme disparu du monde. Longtemps, il a été dans son trou, descendant à mesure qu’il en fait descendre le fond davantage : un trou aux bords nets, bien tranchés, aux lignes bien droites et d’équerre, faisant quatre angles égaux, comme une porte, dont on s’étonne seulement qu’elle soit si étroite en proportion de sa longueur. Une porte faite de manière qu’on ne puisse jamais y passer deux de front, faite pour une seule personne ; une porte par où on descend, par où on ne peut que descendre, et lui le premier y est descendu.
Besson passe.
Lui, a été ôté du monde comme nous le serons, nous aussi, chacun notre tour, ne connaissant plus l’air, ne goûtant plus la bonne chaleur du soleil, ni sa douce lumière ; étant dans la nuit, dans le froid, dans l’humidité, hors de l’air ; au-dessous même des racines des arbres, sous la vie.
Seule