
Dans les coulisses du film « Persepolis »
Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Comment Winshluss a-t-il attrapé du cinéma le virus, jusqu’à y croire mordicus ? Prépare-t-il, non pas un, mais deux films, en plus d’une nouvelle BD ? C’est le sujet principal de ce troisième et dernier épisode, évoquant aussi les menaces qui pèsent sur trois de ses maisons d’édition historiques : Les Requins Marteaux, Cornélius et L’Association.
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
Jun 10
44 min

Défaire les contes de fée : méthode
Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.
Dans ses histoires infernales qui finissent toujours mal, Winshluss alterne un noir et blanc brutal avec un usage naïf de la gouache, pastiche les comics des années 30, se moque de dieu dans un livre aux allures de missel ou fait de la « Tête-à-Toto » un alter-ego flegmatique dans l’observation de nos cruautés quotidiennes. Sale gosse du 9e art, il nargue la mort dans Welcome to the death club (Cornélius, 2001), ricane des galères d’un chimpanzé du paléolithique dans Smart monkey (Cornélius, 2004), régale les mômes avec son compère Cizo via les idioties de Wizz & Buzz (Delcourt, 2006-2007), avant de décrocher la timbale grâce à Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), sacré meilleur album à Angoulême et vendu à 65 000 exemplaires.
Comment a-t-il construit cette version robot du mythique pantin de Collodi, ici balloté de catastrophe en catastrophe avec, en guise de conscience, un insecte écrivain alcoolo nommé Jiminy Cafard ? Comment expliquer la douceur féérique et si marrante de son album pour enfants, Dans la forêt sombre et mystérieuse (Gallimard, 2016), lauréat de la « pépite d’or » au salon de littérature jeunesse de Montreuil, qu’il adapta fort joliment sur grand écran en 2024 avec Alexis Ducord ? Les livres de Winshluss contiennent souvent un minimum de mots. Comment écrire le muet, se demandera-t-on dans le deuxième épisode de ce sérieux bavardage autour de sa mécanique, vissée « d’errances et de certitudes ».
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
Jun 10
49 min

Dans la matrice de sa pop culture empoisonnée
Bienvenue dans le monde merveilleux de Winshluss ! Il était une fois un petit agité de Charente qui foutait le feu à ses jouets. L’école n’intéresse guère cet anarchiste en puissance, lecteur de Pif Gadget et du magazine Métal Hurlant ; il la quitte à dix-sept ans sans se douter des étranges aventures que lui fera vivre son talent monstrueux pour le dessin. Dès Super Negra, sa première BD publiée en 1999 aux Requins Marteaux, cet autodidacte énervé explosait les héros niais de Disney à la bombe nucléaire. Mais comment ce tatoué plutôt taiseux, « traumatisé » par David Lynch et obsédé par les ombres diaboliques du film La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), a-t-il réussi à contaminer la société avec sa pop culture empoisonnée ? Au point d’exposer aujourd’hui son « goût de la matière noire » dans de très chics galeries d’art ? Quel double effet décisif eut sur lui le chef-d’œuvre d’Art Spiegelman, Maus ? Peut-on décider de « mal dessiner » pour bousculer les conventions ? C’est la toile de fond de ce premier épisode consacré à ce peintre rigolard de nos malheurs absurdes. Lumière, oui, sur les us et coutumes de Winshluss !
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
Jun 10
48 min

Notre podcast littéraire fête son anniversaire !
Printemps 2026 : Bookmakers a 6 ans. Comme c’est à cet âge-là qu’on apprend à lire et à écrire, n’est-ce pas le moment de se pencher sur la fabrique du podcast des « écrivain·e·s au travail » ? Déjà quarante numéros que Richard Gaitet interroge en profondeur celles et ceux qui font naître – dans des conditions souvent précaires – des romans, des poèmes, du théâtre, des essais ou des bandes dessinées, en invitant parfois d’autres acteurs et actrices du monde du livre pour parler de traduction, d’édition ou de critique.
Mais comment ces discussions XXL, très documentées, se préparent-elles ? Combien de temps dure l’enregistrement initial, le montage, la production ? Comment « habille-t-on » une lecture ? Faut-il couper la moindre bafouille ? Charlie Marcelet cache-t-il vraiment « le son d’un cheval qui passe » dans chaque numéro ?
Pour répondre à ces questions cruciales, les deux auteurs de Bookmakers dévoilent leur propre making-of dans l’auditorium de la Gaîté Lyrique (Paris), le temps d’une conversation publique menée par Perrine Kervran (directrice éditoriale d’ARTE Radio) et entrecoupée d’archives ou de savantes interventions de l’assistance.
Les invités du mois : Richard Gaitet & Charlie Marcelet
Né à Lyon en 1981, Richard Gaitet est écrivain et journaliste. Après douze ans sur Radio Nova aux commandes de l’émission Nova Book Box ou du podcast La danse du zèbre, il crée Bookmakers en 2020 pour ARTE Radio, sans aucune maîtrise de la prise de son et du montage (ce qui n’a pas beaucoup changé depuis). Le pari de ces longues conversations hors promotion est de « soulever le capot de la littérature, pour voir comment le moteur tourne » et personne ne lui a jamais reproché cette métaphore automobile (alors qu’il n’a pas le permis). En 2025, il a publié Comme un malpropre (éditions Esquif) et Les ours blancs ne perdent pas le Nord (avec les dessins d’Anne-Hélène Dubray, éditions L’École des Loisirs).
Né à Orsay en 1983, Charlie Marcelet est réalisateur pour ARTE Radio où, selon la légende, il travaille en chaussettes. Depuis son arrivée au studio en 2008, il a notamment signé la réalisation de La reine des pirates de Claire Richard (2022) et reçu la mention spéciale du prix Italia 2022 (catégorie documentaire) pour Gilles ma sœur et moi de Camille Descroix ou la médaille d’or du prix Radio Urti 2025 pour Le chant de l’extinction de Jeanne-Marie Desnos. Précis et patient, il a réalisé et mixé trente-cinq numéros de Bookmakers en suivant ce principe de samouraï : « Une coupe – qui ne doit pas s’entendre – toutes les trois secondes. »
Enregistrements
mars 2026
Entretien
Perrine Kervran
Prison de son
Mathilde Guermonprez
Réalisation, montage, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Générique
Eve Girard (chant, claviers), Sogol Mirzaei (târ), Brice Perda (flugabone), Florence Kraus (saxophone), monté par Timothée Lerolle & Esteban Capron
Illustration
Sylvain Cabot
Apr 8
1 hr 10 min

Pister les animaux, pour twister sa réflexion
Pendant plus de deux ans, Baptiste Morizot a observé des castors. En compagnie de la paysagiste franco-américaine Suzanne Husky et d’une escouade de camarades, ils-elles ont appris les techniques de ce petit ingénieur rongeur pour échafauder à leur tour des barrages, susceptibles de régénérer des rivières « abîmées » et trop « contrôlées », dans la Drôme ou aux États-Unis. C’est l’un des axes essentiels du passionnant et très accessible Rendre l’eau à la terre, son essai sur des « alliances possibles » face au chaos climatique, parcouru de sublimes aquarelles, sorti en 2024 et vendu à 21 000 exemplaires.
« Chacun, chacune doit prendre en charge la défense de son milieu, explique le philosophe. Ne perdons pas trop de temps à nous demander si c'est déjà cuit, si on ferait mieux d'aller siroter des mojitos (…) Nous sommes à un moment pivot, analogue à la Renaissance ou les Lumières, à l’orée d’inventer (…) une nouvelle pensée de l’action technique qui permettrait de vivre de manière soutenable. »
Dans son dernier ouvrage, Le regard perdu (2025), il écrit qu’être une personne « décente » consiste peut-être « à vouloir être honnête, respecter les mots, dire ce qu’on pense calmement, être ferme et accepter avec souplesse de s’être trompé, ne pas vouloir occuper l’esprit des autres avec des choses viles faites seulement pour capter l’attention (…) Penser comme si c’était la chose la plus importante au monde et, simultanément, ne pas se prendre trop au sérieux (…) Penser, juste pour la joie de vivre l’aventure d’une idée. Penser comme un chien court sur la plage. » C’est l’attitude à suivre lors de ce troisième et dernier épisode, qui ne manque pas de flair.
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Enregistrements de terrain
Rodolphe Alexis
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
Feb 19
42 min

Frère castor, raconte-nous une histoire
Baptiste Morizot a pisté des bisons ou des grizzlys, des élans ou des corbeaux, couché dans des buissons du Wyoming ou du Vercors, au fil d’une première décennie d’enquêtes « diplomatiques » réalisées les genoux dans la boue, hors des sentiers battus, pour créer de nouveaux concepts bientôt débattus. Plus calmement, il a aussi étudié la sociologie des lombrics dans sa cuisine. « Aujourd'hui, dit-il, nos relations aux autres êtres vivants sont toxiques, pour eux et pour nous. La question est donc de réapprendre à faire attention, à brancher sa sensibilité sur les pollinisateurs, la faune des sols, les forêts… »
Attention, attention. En 2020, le succès de Manières d’être vivant le rendit connu comme le loup blanc auprès dans les sphères militantes de gauche. Dans son « recueil de novellas philosophiques », ce talentueux passeur multipistes veut « contourner en sifflotant les dualismes entre science et fiction, poésie et exactitude, pour forger une sorte d’alliage incandescent : les sens les plus aiguisés, le corps le plus mobilisé, l’imagination la plus sauvage, les raisonnements les plus serrés. » En postface, son ami romancier Alain Damasio encense son goût du terrain. « C’est un philosophe embarqué et situé. Hautement concret. L’inverse d’un parleur perché. »
Toujours « sur le qui-vive », Baptiste Morizot retrace dans ce deuxième épisode quelques scènes fondatrices de son désir animé de « cosmopolitesse » inter-espèces, dans laquelle nous, primates humains, pourrions peut-être, à force d’exercices empathiques, « en changeant de pratique, changer de métaphysique ».
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
Feb 19
56 min

Comment devient-on philosophe ?
« Un philosophe est un artisan qui fabrique des concepts et, dans mon cas, des cartes pour s’orienter », dit Baptiste Morizot, 42 ans. Porté par sa bougeotte, cet intellectuel de terrain entend produire des « textes-boussoles » susceptibles de « faire bouger les lignes du souci » vis-à-vis du vivant et de nos relations avec lui. Comment interagir au sein de cette infinie canopée de « cohabitants dont nous dépendons dans toutes les dimensions de notre existence » ? « Ce n’est pas là-bas dehors, mais sous nos pieds. Ce n’est pas l’arrière-plan d’un selfie, mais un lieu de géopolitique complexe, multi-espèces. Que signifie écrire face à la crise écologique ? Je ne cesse de chercher la réponse. Chaque texte est un tâtonnement », se demande l’auteur de Raviver les braises du vivant (2020) ou de S’enforester (avec les photographies d’Andrea Olga Mantovani, 2022). Mais comment s’est formée sa pensée, son éthique, à la confluence primordiale de Spinoza, Nietzsche et Deleuze ? A-t-il été ce jeune écrivain contrarié, borgésien, doublé d’un survivaliste amateur de baies sauvages ? C’est le sujet de ce premier épisode, bâti autour des rhizomes pas tristes de Baptiste Morizot.
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
Feb 19
46 min

La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade
Dans son roman L’évasion (Gallimard, 2013), Dominique Manotti libère le seul personnage d’écrivain de son œuvre : Filippo Zuliani, un petit voyou rital de vingt-trois ans qui s’échappe d’une prison romaine mais qui regrettera bientôt d’avoir « marqué un point contre le désespoir » en publiant l’histoire de son compagnon de cellule, ancien membre des Brigades rouges. Le destin punira Filippo d’avoir trahi, en étant à la fois trop précis dans son roman et… trop bavard en interview.
« J’ai la conviction que le roman noir sera la grande littérature du XXIe siècle, ce siècle des paradis fiscaux et de la perte de contrôle des Etats sur les masses monétaires à l’échelle mondiale. Le pouvoir change de mains. Il faut le raconter », dit celle qui fréquenta trente ans durant « un certain nombre d’amis flics, démissionnaires ou retraités ». Les ténébreuses silhouettes qui peuplent ses livres-enquêtes commencent à lui parler dans les embouteillages, ou lors de ses moments de repos. « Je respecte les faits, leur ordre de succession, je m’oblige à construire mon histoire sans les déformer. Mais les personnages, je les invente, c’est ma jubilation. Je raconte des hommes qui ne sont ni des monstres ni des anges. Pour moi, il s'agit d'humaniser mes salauds. »
Pour Or noir (2015), son imagination « frémit » en situant la nouvelle enquête du commissaire Daquin à Marseille – qui lui fournit ensuite la matière terrible de son dernier roman en date : Marseille 73. Publié par Les Arènes en 2020, vendu à trente mille exemplaires, l’ouvrage restitue jour par jour le récit glacial d’une vague d’authentiques assassinats racistes perpétrés en toute impunité dans la cité phocéenne, en bande organisée. « La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade, personne ne peut la canaliser » : si l’on se fie à cette description de Jul, Dominique Manotti, c’est Marseille mémé !
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
Dec 19, 2025
42 min

Documentation solide, tempo haletant, zéro poésie : la méthode Manotti
Dans ce deuxième volet de cet interrogatoire en règle chez le R. G., nous verrons comment Dominique Manotti s’est employée à signer « la chronique noire d’un échec : celle de la génération 68 », Roman après roman, rien n’échappe à son regard laser d’historienne « enragée », prête à remonter jusqu’au sommet de l’Etat : spéculation immobilière et trafic de coke dans le monde hippique (À nos chevaux, 1997), élus corrompus dans les vestiaires de Levallois (Kop, 1998), portrait armé de la diplomatie sous Mitterrand (Nos fantastiques années fric, 2001), délocalisation sans merci d’une usine des Vosges (Lorraine Connection, 2006, vendu à treize mille exemplaires) ou flics ripoux brisés par la « politique du résultat » (Bien connu des services de police, 2010, écoulé à vingt-cinq mille copies). Avec, de nouveau, le flegme savoureux du commissaire Daquin, qui passe parfois le relais à une nouvelle héroïne, Noria Ghozali, tendue comme un schlass planté dans la cuisse des prédateurs.
Son œuvre s’apparente à une version papier de la série Engrenages (Canal+, 2005-2020), souvent campée comme chez Manotti dans le nord blafard de Paris. De quelle manière alors s’articulent ses engrenages fictionnels, brefs et méchants, extrêmement documentés, dénués de poésie et de figures de style, mais riches en scènes de cul comme en règlements de compte, livrés dans un style sec, « direct », toujours écrit au présent ? Pour le savoir, poursuivons la déposition.
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
Dec 19, 2025
52 min

Des barricades de 68 aux premiers feux fictionnels
Dans cette nouvelle affaire confiée à notre agence de détectives littéraires, la principale suspecte se nomme Dominique Manotti, 83 ans, alias « la mamie rouge du roman noir ». Une multirécidiviste en activité depuis 1995, avec à son actif treize romans violents, rapides comme une balle et froids comme un flingue, salués par la critique, traduits en allemand, en anglais, en grec ou – plus louche – en russe. L’une des (trop) rares femmes du polar français des trente dernières années, qui publia son premier bouquin aux éditions du Seuil… à 52 piges !
Quels sont les secrets de cette fille de la bourgeoisie parisienne, de cette agrégée d’histoire économique aux fortes convictions marxistes anticoloniales, militante pour l’indépendance de l’Algérie ou le droit à l’avortement, cette lanceuse de pavés en mai 68 qui apprit à écrire dans « Les cahiers de mai » avant de devenir syndicaliste CFDT ? Faut-il retourner tous les tiroirs de son bureau pour comprendre comment elle s’engagea en littérature après avoir lu LA Confidential de James Ellroy ? De quelle manière a-t-elle taillé son premier diamant noir : Sombre Sentier, centré sur sa plus grande victoire syndicale dans les coulisses des ateliers textiles clandestins du centre de Paname, vendu à dix mille exemplaires et marqué par le coquin Théo Daquin, son célèbre commissaire gay à « belle gueule carrée », un poulet « chaud lapin » qui fait l’amour à ses indics et dont les bureaux se situent… passage du Désir ? C’est l’objet du premier volet de cette garde-à-vue sans menottes qui entend faire toute la lumière sur le dossier Manotti.
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
Dec 19, 2025
56 min
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