たのしくまなぶフランス語
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バタール ギヨーム
Alphonse Daudet – La diligence de Beaucaire
6 minutes Posted Apr 20, 2020 at 1:12 am.
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C’était le jour de mon arrivée ici. J’avais pris la diligence de
Beaucaire, une bonne vieille patache qui n’a pas grand chemin à faire
avant d’être rendue chez elle, mais qui flâne tout le long de la route,
pour avoir l’air, le soir, d’arriver de très loin. Nous étions cinq sur
l’impériale sans compter le conducteur.

D’abord un gardien de Camargue, petit homme trapu, poilu, sentant le
fauve, avec de gros yeux pleins de sang et des anneaux d’argent aux
oreilles ; puis deux Beaucairois, un boulanger et son gindre, tous deux
très rouges, très poussifs, mais des profils superbes, deux médailles
romaines à l’effigie de Vitellius. Enfin, sur le devant, près du
conducteur, un homme… non ! une casquette, une énorme casquette en
peau de lapin, qui ne disait pas grand-chose et regardait la route d’un
air triste.

Tous ces gens-là se connaissaient entre eux et parlaient tout haut de
leurs affaires, très librement. Le Camarguais racontait qu’il venait de
Nîmes, mandé par le juge d’instruction pour un coup de fourche donné à
un berger. On a le sang vif en Camargue… Et à Beaucaire donc ! Est-ce
que nos deux Beaucairois ne voulaient pas s’égorger à propos de la
Sainte Vierge ? Il paraît que le boulanger était d’une paroisse depuis
longtemps vouée à la madone, celle que les Provençaux appellent la
bonne mère et qui porte le petit Jésus dans ses bras ; le gindre, au
contraire, chantait au lutrin d’une église toute neuve qui s’était
consacrée à l’immaculée Conception, cette belle image souriante qu’on
représente les bras pendants, les mains pleines de rayons. La querelle
venait de là. Il fallait voir comme ces deux bons catholiques se
traitaient, eux et leurs madones :

« Elle est jolie, ton immaculée !
– Va-t’en donc avec ta bonne mère !
– Elle en a vu de grises, la tienne, en Palestine !
– Et la tienne, hou ! la laide ! Qui sait ce qu’elle n’a pas fait… Demande plutôt à saint Joseph. »
Pour se croire sur le port de Naples, il ne manquait plus que de voir
luire les couteaux, et ma foi, je crois bien que ce beau tournoi
théologique se serait terminé par là si le conducteur n’était pas
intervenu.

« Laissez-nous donc tranquilles avec vos madones, dit-il en riant aux
Beaucairois : tous ça, c’est des histoires de femmes, les hommes ne
doivent pas s’en mêler. »

Là-dessus, il fit claquer son fouet d’un petit air sceptique qui rangea tout le monde de son avis.

La discussion était finie ; mais le boulanger, mis en train, avait
besoin de dépenser le restant de sa verve, et, se tournant vers la
malheureuse casquette, silencieuse et triste dans son coin, il lui vint
d’un air goguenard :

« Et ta femme, à toi, rémouleur ?… Pour quelle paroisse tient-elle ? »

Il faut croire qu’il y avait dans cette phrase une intention très
comique, car l’impériale tout entière partit d’un gros éclat de rire…
Le rémouleur ne riait pas, lui. Il n’avait pas l’air d’entendre. Voyant
cela, le boulanger se tourna de mon côté :

« Vous ne la connaissez pas sa femme, monsieur ? une drôle de
paroissienne, allez ! Il n’y en a pas deux comme elle dans Beaucaire. »

Les rires redoublèrent. Le rémouleur ne bougea pas ; il se contenta de
dire tout bas, sans lever la tête : « Tais-toi, boulanger. »

Mais ce diable de boulanger n’avait pas envie de se taire, et il reprit de plus belle :

« Viédase ! Le camarade n’est pas à plaindre d’avoir une femme comme
celle-là… Pas moyen de s’ennuyer un moment avec elle… Pensez donc !
une belle qui se fait enlever tous les six mois, elle a toujours