Je peux dormir chez mon chéri ?
Noooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon !
Voilà pour la réponse interne et instantanée…
Reste plus qu’à espérer que ça n’ait pas été audible depuis l’extérieur de mon cerveau !
Elle est plantée là, rougissante, sans doute après avoir tourné et retourné la question dans sa tête, en attendant le bon moment.
« Je ne savais pas trop comment vous le demander alors je me lance… »
« Il suffisait de ne pas demander ! »
« Mince ! Je l’ai dit ou je l’ai seulement pensé ? »
Allez, on inspire par le nez, on expire par où on peut, et on essaie de faire taire cette voix de mafieux gominé.
Saluons déjà le courage et la franchise de cette enfant…
Et si c’était ça, la première erreur : elle n’est plus une enfant.
Ce n’est plus le petit suricate planté devant moi, le jour de notre rencontre.
Je vois bien qu’elle grandit, je vois bien qu’elle change, qu’elle s’affirme et qu’elle a un gentil chéri qui prend soin d’elle.
Je ne peux que m’en réjouir.
Alors pourquoi cette soudaine envie de lui donner son doudou et de la mettre sous un plaid pour qu’elle me fasse un câlin, en regardant un dessin animé ?
Parce que je suis en train de me rendre compte…
Me rendre compte que le temps avec elle près de moi fond comme neige au soleil.
Parce qu’elle va vivre sa vie et que… ça va à toute vitesse.
Il faut que je me conduise comme mes propres parents :
Je dois l’accompagner, pas l’empêcher…
De toute façon, je ne peux pas la garder petite, je ne peux pas la garder… tout court.
Je ne sais pas si vous avez une idée du prix de la construction de douves et d’un donjon :
Je n’ai pas les moyens, à moins de le faire moi-même.
« Allez… Pose ta pelle et réagis comme tu aurais aimé qu’on le fasse pour toi. »
Tout va bien :
Elle en parle, elle NOUS en parle.
Elle aurait très bien pu ne poser la question qu’à sa mère mais elle est là, fébrile et courageuse, devant nous deux.
Ça me touche, profondément.
Elle peut être fière d’elle, de la femme qu’elle devient, des valeurs qui l’animent.
J’ai fait « un p’tit cirque » pour lui montrer, maladroitement, mon attachement à elle.
Ce n’est pas parfait mais j’ai fait de mon mieux et je sais qu’elle en a conscience.
Tous les adultes qui l’entourent lui ont donné un tas d’outils.
Il est temps de la laisser s’en servir.
Son sourire n’a pas de prix quand elle entend :
« Oui, ma puce, va dormir chez ton chéri »



