Rester à sa place
Des mots entendus plusieurs fois…
Des mots qui perturbent mon oreille, qui me font grimacer comme le crissement d’une fourchette au fond d’une assiette.
Sans jugement pour ce que vous m’avez exprimé, voilà ce que j’en pense :
La première image qui me vient, et c’est certainement ce qui me dérange, c’est celle d’un animal de compagnie.
Un animal docile qu’on appelle pour jouer.
On partage un moment avec lui. On attend de lui qu’il se prête au jeu, au moment où on l’a décidé.
Mais s’il a le malheur de rechigner, d’être trop expressif ou même de mordiller, on le renvoie à sa place.
À sa place…
Quelle place ? Celle que je veux me faire ? Celle qu’on me laisse ?
Est-ce que je dois attendre qu’on m’en dessine les contours ?
Et puis, qui devrait faire ça ? Ma chérie ? Les enfants ? Leur père ?
Je serais donc une personne de compagnie, qu’on sortirait de sa boîte pour les moments jugés opportuns, et qu’on rangerait précautionneusement le reste du temps.
Non merci !
Ce n’est pas la place que je veux.
Ce n’est pas une place épanouissante.
Pas pour moi, en tout cas…
Alors ma place, c’est quoi ?
C’est une notion en perpétuelle évolution depuis plus de 10 ans.
Ça a débuté par une volonté commune avec ma chérie d’entrer à 100% dans le quotidien des enfants.
Pas de figuration, pas de mise en retrait mais de l’implication.
On vit dans la même bulle : notre foyer.
On est une famille.
Ça n’a pas toujours été facile : Entre inexpérience, syndrome de l’imposteur et principes éducatifs qui pouvaient se contrarier.
Il y a eu des prises de tête, mes règles, mes punitions, les regards des enfants qui ne voulaient pas que je m’en mêle.
Des silences qui en disent plus que de grosses colères…
Mais ma chérie m’a soutenu, jamais décrédibilisé.
Il a fallu s’exprimer, s’écouter, faire sortir les émotions, les ressentis des adultes et des enfants.
Montrer que j’avais des doutes, des peurs, que je tâtonnais et que je n’avais pas honte de leur en parler.
S’expliquer pour mieux s’impliquer…
Sinon quoi ? Chacun ravale ses émotions pour mieux former une boule de rancœur ?
Et puis, quelle place entre Maman et Papa ?
Pas question d’interférer entre eux.
Pour autant, les enfants font partie de mon quotidien, de ma vie :
J’estime avoir le droit de connaitre les décisions prises et exprimer mon avis.
Au-delà du droit, j’en ai surtout envie… besoin.
Besoin pour, justement, trouver cette place qui est la mienne.
Chacun vit son expérience avec son contexte, plus ou moins compliqué.
Nos efforts ne nous semblent pas toujours récompensés.
J’ai fait de mon mieux et je compte bien continuer.
Car maintenant qu'ils m'ont laissé entrer dans leurs cœurs, c'est à cette place précise que je compte bien rester !



