Les études sont formelles, les lianes sont en train d’envahir les jungles. Au Panama, au Pérou, en Bolivie, en Guyane, au Brésil, en Australie, au Nigéria, au Ghana, en Chine et en Inde, les signaux sont au rouge partout.
Les végétaux qui s’accrochent aux troncs pour monter vers la lumière ont vu leur nombre augmenter par endroits de 30 % en une décennie.
Reste à savoir pourquoi les lianes se multiplient. Et là, hormis les changements climatiques, rien ne peut l’expliquer. Des analyses récentes suggèrent que les lianes s’adaptent nettement mieux que les arbres aux périodes de sécheresse, qui se multiplient sous l’effet du réchauffement. C’est-à-dire que les lianes, très productives dans la conquête de la lumière en hauteur au niveau de la canopée, se montrent tout aussi efficace dans l’extraction de l’eau dans les sols.
Les lianes peuvent prospérer dans des conditions de plus chaudes et plus sèches, lesquelles deviennent de plus en plus courantes. Elles exploitent aussi plus efficacement les trouées de lumière, notamment créées par l'exploitation forestière, l'extraction minière et la fragmentation liées aux voies de communication, mais aussi par les tempêtes et les feux.
Cette invasion n’est pas une bonne nouvelle.
Les lianes ralentissent la croissance des arbres, réduisent leur reproduction, et augmentent leur mortalité. Au bout de 10 ans, la canopée d’une forêt infestée de lianes est 2 mètres moins haute que celle des zones qui en sont dépourvues. Un arbre envahi de lianes voit ses branches raccourcir de 45%, et stocke 20% de carbone en moins.
Et ce qui est doublement inquiétant, c’est que les modèles de végétation utilisés dans les évaluations du GIEC n’ont pas encore intégré cet effet significatif sur le puits de carbone que représentent les forêts tropicales.
Mais alors, quelle solution ?
Dans les forêts gérées durablement, couper les lianes sur 5 arbres par hectare ne coûterait qu’un dollar. C’est tout à fait faisable, et cela aurait de réels bénéfices en termes de production de bois et captation du CO2, sans impacter la biodiversité.
Les lianes attaquent, reste à organiser la défense.



