L'Invité.e Du Jour
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La Clé des Ondes
"Pour les militants et les gilets jaunes, on condamne vite pour qu’on n'en parle plus"
15 minutes Posted Nov 19, 2020 at 6:20 am.
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Ludivine a participé au mouvement des Gilets Jaunes. Elle-même confrontée aux excès de la justice, elle se révolte contre l'oppression judiciaire. Le groupe Facebook qu'elle a créé en témoigne.
La Clé des Ondes : Pourquoi avais-tu été poursuivi ?
Ludivine : pour groupement en vue de connaitre des violences sur les forces de l’ordre. J'ai été en garde à vue, pour toutes les fois, mais j’ai été acquittée à tous mes procès.
Y-a-il encore aujourd’hui des procédures contre vous ?
Oui, pour ceux qui sont passés, ils ont été acquittés pour faute de preuve. Ma main courante a été annulée pour vice de procédure. On attend le suivant, on espère la même chose.
On peut dire que tu as réussi à passer entre les coups de la justice. Ce n'est pas le cas de tout le monde, ça veut dire que c’est parfois plus compliqué de se défendre ?
Ça a été assez simple pour moi parce que il n’y avait aucune preuve, ni matérielle, ni vidéo, ni rien du tout. Pour ceux qui sont pris en flagrants délits ou par caméra c’est un petit peu plus compliqué…
Plus globalement, est-ce qu’on a une idée du nombre de gilets jaunes , de militants, de manifestants, qui ont été arrêtés, qui ont eu affaire à la justice, et qui ont fini en prison suite à ce mouvement ?
Il y a eu plus de 10 000 gardes à vue, 400 gilets jaunes ont été condamnés à de la prison ferme, et qui purgent ou ont purgé leur peine. Il y a eu aussi plus de 1000 condamnations fermes.
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C’est-à-dire qu’il y a eu plus de 1000 condamnations fermes et dont certaines n’étaient pas assorties d’un mandat de dépôt, donc en gros les gilets jaunes étaient condamnés à de la prison ferme, mais ils n’étaient pas envoyer directement en prison. Donc, la peine pouvait être aménagée derrière. Que sait-on de ce millier de condamnation ?
400 sûrs ont pris du ferme ! 600 ont eu des aménagements de peine, bracelet ou semi-liberté. On sait aussi qu’il y a à peu près 1800 personnes en attente de jugement. A ce jour, il resterait 200 personnes en prison, sans compter les procès à venir.
Les motifs, ça va être surtout de la « participation à un groupement en vue de commettre des exactions », « participation à une manifestation » . Après, il y a aussi ceux qui ont fait des blocages en dehors des manifestations.
Le premier motif est très vague, les gens ont pu se rassembler avec aucunement l’intention de commettre des exactions et pourtant, ils peuvent se retrouver en prison, c’est énorme…
Oui, la justice décide qu’on va commettre cet acte là, donc on est inculpé pour ça. Juste pour un « en vue de », alors qu’il n’y a aucune preuve de cette chose là.
Et en même temps, tu disais que c’était pour à peu près les mêmes motifs pour lesquels tu étais poursuivie, mais toi t’as réussi à échapper à la prison. Comment expliquer cette différence selon les cas ?
Moi déjà j’avais un casier vierge, ça m’a aidé. Il suffit qu’une personne ait du sursis ou a commis des petits délits dans sa jeunesse... Tout ça, ça joue. Le juge aussi ça joue. Je n’ai pas eu de comparution immédiate, donc j’ai pu travailler avec mon avocat sur les dossiers à chaque fois.
Quels sont les profils de ces gilets jaunes arrêtés et mis en prison ?
Il y a de tout : des personnes lambdas qui se sont retrouvées là au mauvais moment, des personnes qui avaient l’habitude de manifester. Les profils vont du petit jeune de 20 ans au papa de 45 ans, et même au retraité, ça varie.
Tu parles de justice non équitable. Pour toi, il y a une manière de juger ces militants qui n’est pas la même dans plein d’autres affaires qui n’ont rien à voir avec les manifestations ? Pourquoi selon toi ?
Parce que ça a été fait sur le coup à chaque fois les comparutions immédiates. Il fallait vite juger ! il fallait vite condamner ! Alors que soi-disant, les tribunaux sont pleins. Pour les militants et les gilets jaunes, on condamne vite, pour qu’on n'en parle plus.
Tu disais qu’il y avait plus de 200 gilets jaunes qui sont en prison. Comment ça se passe pour eux et même pour ceux qui sont déjà ressortis, ce passage en prison souvent inattendu ?
Ils ne s’y attendaient pas. Aucun était préparé, après la garde à vue à partir en mandat de dépôt. C’est assez compliqué pour ceux qui ont été arrêtés et jugés loin de leurs proches, pare que du coup ils sont partis dans la prison la plus proche du tribunal. C’est assez compliqué pour les familles et les détenus sur le plan financier et moral...
Est ce qu’ils ont un traitement particulier de la part des surveillants, de la part de l’administration pénitentiaire ?
D’après les témoignages que j’ai eu, certains surveillants soutiennent le mouvement, mais à partir du moment où ils catégorisent d’ultragauche ou de Black Blocks, là le comportement change et tous les faits et gestes sont surveillés... donc c’est assez compliqué.
Mais tout le monde peut être catégorisé comme un black block, il suffit d’être dans la manifestation et d’être devant ! C’est donc vraiment la justice qui catégorise, tout le monde peut être manifestant, tout le monde peut être pacifiste, non pacifiste... Cc’est surtout d'ailleurs ça la différence : pacifiste ou non pacifiste : il n’y a pas de black block ou de non black block.
Quels effets sur le moral ça a pour ces gens de se retrouver devant la justice et en prison du jour au lendemain ?
Moralement c’est très dur de se retrouver enfermé. certains ont perdus leur travail, leur casier n’est plus vierge. Mais leur motivation, leurs idées, restent intactes, justement parce qu’ils ont bien vu l’envers du décor de la justice. cela a même renforcé leurs idées plus qu’autre chose !
Tu disais que c’était dur pour les détenus éloignés de leurs proches. De quel soutien, ont-ils besoin ?
Il y a beaucoup de soutien sur Facebook pour les familles de détenus. Pour eux, il y a une aide au niveau de l’administration, pour faire tous les papiers, et aussi il y a un groupe Facebook qui est là exprès pour écrire aux détenus qui n’ont pas forcément les parloirs nécessaires.
Sur le groupe que toi tu as créé, tu disais qu’il y avait une cinquantaine de gilets aunes détenus soutenus via ce groupe ?
Oui et même un groupe vraiment spécifique pour leur écrire, où il y aura les adresses, les numéros d’écrous, les noms et les prénoms, pour qu’ils aient du soutien.
Juste un mot sur cette expression, ‘militant’, qui figure dans le nom du groupe Facebook… ça veut dire quoi pour toi ? à partir de quand est-on militant ?
A partir du moment où on se bat pour nos droits, pour nos idées qu'on se batte pour l’écologie, pour nos droits fondamentaux... ça peut être des antifas, des antigouvernementaux, des anticapitalistes...
Entretien réalisé par Baptiste Giraud, retranscrit Hugo Cunchinabe
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Lien vers le groupe Facebook "soutien aux prisonniers et prisonnieres militants.es"
Photos : Manifestation des Gilets jaunes à Bordeaux le 24 mars 2019 (Baptiste Giraud)