Show notes
Après plus de trois semaines à pratiquer l'enseignement à distance et à en parler avec ses collègues, Alain Reiller, prof de techno au lycée Eiffel à Bordeaux et syndicaliste à la FSU, pose un constat sans concession :
"On ne peut pas enseigner à distance. On maintient un contact. On essaie de montrer qu'il y a encore une école dans leur vie. On essaie d'occuper les élèves avec des sujets."
L'une des conséquences, selon lui, est l'accroissement des inégalités :
"Depuis le début du confinement, on savait que seuls les bons élèves seraient encore là. Les moins assidus - ce ne sont pas des mauvais élèves - sont relativement distants."
Il fait ses cours avec des plateformes en ligne comme Discord, car les dispositifs de l’Éducation nationale ne fonctionnent pas très bien.
"Ce qui se passe, c'est que j'ai mon groupe d'élèves. Les quatre qui participent en cours, participent aussi à mes explications. Derrière, il y a les élèves que je ne vois et que je n'entends pas. Je ne sais pas ce qu'ils font. On creuse, on creuse les inégalités. J'ai l'impression de travailler pour les quatre élèves les plus assidus et les autres sont abandonnés."
Cette pandémie est arrivée en parallèle d'une mobilisation inédite des enseignements et des élèves contre la réforme du bac et la mise en place des E3C (pour "épreuves communes de contrôle continu"). A cette occasion, l'Académie de Bordeaux a choisi de faire porter des menaces de sanction sur 9 enseignants dont Alain Reiller. Aucune volonté de calmer le jeu n'est pour l'heure affichée par le rectorat.
"On n'a ni dossier, ni rapport sur lesquels se défendre. C'est, pour moi, illégal. On ne peut même pas se défendre de ces menaces car il n'y a pas de dossier. Nous sommes trois du lycée Gustave Eiffel, ce sont les trois représentants syndicaux CGT, Sud, FSU. Le proviseur a pris trois noms dans son rapport, trois têtes de listes (CGT, FSU et Solidaires) au conseil d'administration. Puis la rectrice les a repris au hasard. On est menacés de sanctions alors qu'on était plus de 200 devant le lycée : profs, non-profs, élèves, parents d'élèves. C'est de l'arbitraire."
L'ambiance n'a pas changé malgré le confinement. Alain Reiller dénonce la tenue d'un conseil d'administration durant 72h en ligne. Des conditions qui ne sont pas acceptables vu les menaces qui pèsent, et qui ont conduit les trois têtes de liste à démissionner.
Photo de Une : Image d'illustration Pixabay

